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 [RP-histoire] Histoires d'une folle

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Ynaf
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MessageSujet: [RP-histoire] Histoires d'une folle   Lun 15 Mai - 23:23

Bonsoir, bonsoir... Je commence dès maintenant à vous raconter mes fameuses histoires ignobles et tristes. Que sont-elles ? Des instant de peur, des instant faits POUR la peur. Mais aussi des instants pour s'inquiéter, et peut-être aussi pour toucher un peu la folie de l'auteur, la folie d'une personne qu'on pense connaître et qui, finalement risque de se révéler bien différente de ce qu'on pensait. L'auteur, c'est moi. C'est donc de ma folie qu'il est question. C'est ma folie que vous allez entrevoir un instant avec ces histoires. Une folie qui est peut-être (qui sait ?) aussi un peu la votre. Bienvenue dans mon monde.





[HRP] Pour les commentaires (s'il y en a !), c'est par ici ===> COMMENTAIRES
De plus, tous les textes qui se trouvent ici, et bien d'autres, sont aussi lisibles, en général avec une meilleure présentation, par ici ==> sur MON BLOG[/HRP]

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Dernière édition par le Lun 2 Avr - 11:37, édité 6 fois
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Ynaf
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MessageSujet: Re: [RP-histoire] Histoires d'une folle   Lun 15 Mai - 23:25

Je commencerai d'abord par une histoire pas si vieille que ça. Son titre ? Il arrive, il arrive... C'est une histoire "caractéristique", ceque j'écrirai ici ressemblera souvent à ça... j'en suis navrée. Mais là où réside ma folie, ce sera toujours différent. Souvent un plan semblable, mais, à chaque fois, une fin différente, même si toujours aussi ignoble... de folie.




Anaïs


Anaïs sortait rarement. Voire même jamais. En fait, elle vivait enfermée, chez elle, et s’ennuyait à longueur de journée. Elle n’avait même pas d’animaux de compagnie. Ses parents refusaient de lui en acheter. Pourtant, elle aurait tant voulu un chat…
« Tu sais bien que tu ne peux pas avoir d’animaux de compagnie, Anaïs, enfin ! disaient-ils. C’est pour la même raison que tu ne dois pas sortir de la maison, tu le sais aussi ! Alors, pourquoi réclames-tu ? »
Anaïs était triste. Elle était malade. Elle ne pouvait pas aller jouer dehors avec les autres enfants, elle ne pouvait pas aller à l’école, elle ne pouvait pas avoir d’animaux à la maison pour lui tenir compagnie. Ses parents s’approchaient peu d’elle, ne la serrait jamais dans leurs bras. Ils avaient peur de sa maladie. C’était, disaient-ils, une maladie « incurable ». Et « unique », aussi. Ca voulait dire que personne ne pouvait la soigner, donc elle n’avait même pas besoin d’aller voir un docteur. C’était « dans ses gènes », précisaient-ils parfois. Et personne à part eux ne savait qu’elle était malade. Voire même qu’elle existait. Quand ses parents invitaient des amis, pour la plupart des collègues du laboratoire où ils travaillaient sur la sécurité des centrales, elle était enfermée dans sa chambre, avec pour unique ordre de ne pas faire de bruit. Avant, elle avait du mal, à ne pas faire de bruit. Et quand elle faisait un peu de bruit, Papa la grondait et l’enfermait dans sa chambre, sans manger, pendant très longtemps. Elle ne pouvait même pas sortir pour aller aux toilettes ! Mais elle savait qu’elle avait quand même de la chance, parce que Papa et Maman ne la battaient jamais, à cause de sa maladie. Anaïs avait vu beaucoup de films où des enfants de son âge étaient battus par leurs parents. Mais elle, jamais ! C’était le seul avantage de la maladie. Mais petit à petit, Anaïs avait fini par ne plus avoir peur de Papa et Maman. Elle savait qu’ils ne lui feraient pas de mal. Parce qu’ils avaient peur d’elle, parce qu’ils avaient peur de sa maladie. D’ailleurs, à cause de sa maladie, des fois, elle perdait un peu la mémoire, et elle oubliait des choses, mais elle finissait toujours par s’en souvenir. Et elle venait de se rappeler qu’elle n’avait réellement rien à craindre de Maman. Alors, aujourd’hui, Anaïs avait menacé Maman de la toucher avec sa maladie si elle fermait encore la porte avec le verrou haut. Parce que, Anaïs, elle savait que le verrou haut, elle était trop petite pour l’ouvrir. Maman avait eu peur. Et elle pensait peut-être que Anaïs ne savait pas où étaient les autres clés. Alors elle n’avait pas fermé le verrou haut, en partant. Mais quand Maman était partie, Anaïs elle était allée chercher les clés. Parce qu’elle savait où elles étaient. Elle s’en était souvenue. Et elle avait ouvert la porte. Puis elle était sortie. Elle voulait voir le « dehors ». Elle l’avait déjà vu, avant, quand elle vivait dans une autre vie, elle le savait, elle s’en souvenait. Mais ça avait changé. Pas beaucoup. Un peu. C’était pas les mêmes personnes, ni les mêmes bâtiments… Alors Anaïs, elle s’était promenée un peu, pour visiter la ville qu’elle connaissait pas vraiment. Elle avait un peu peur que les autres, ceux qui sont comme Papa, Maman et elle, et comme elle mais aussi comme Papa, mais différents en même temps, ils voient sa maladie. Alors elle avait fait attention. C’était pas dans la rue que les autres devaient voir sa maladie, parce que ça leur ferait peur. Elle le savait. Puis elle avait vu un grand jardin. « Un Parc », elle savait que ça s’appelait comme ça… Elle le savait parce que, dans les Parcs, il y a toujours des « comme elle », et des « comme elle mais aussi comme Papa ». Elle se souvint soudain qu’on les appelait des « filles » et des « garçons ». La mémoire lui revenait de plus en plus vite… Ils jouaient tous avec un « ballon de foot ». C’est Papa qui disait que ça s’appelait comme ça. Elle le savait parce qu’il regardait souvent des « match de foot » à la télévision. Anaïs entra dans le Parc cet s’assit sur le sol pour pouvoir les regarder jouer. Elle aurait bien aimé pouvoir les rejoindre. Elle savait jouer au foot, elle s’en souvenait. Soudain, un petit garçon sortit du groupe et s’approcha d’elle, avec un grand sourire.
« Dis, tu viens avec nous ? L’équipe des filles est nulle, avec toi, elles seront une de plus que nous, elles ont pas une chance de gagner, autrement ! Tu sais jouer au foot, d’ailleurs ? »
Il avait tendu la main pour l’aider à se relever. Elle allait s’y appuyer quand elle se souvint qu’elle état malade. Le petit « comme Papa » la regarda avec surprise.
« Ben alors, tu viens ou pas ? »
Anaïs resta silencieuse. Elle voulait aller jouer avec eux, mais... Elle était malade ! La mémoire revenait doucement, et elle se souvint confusément qu’elle avait aussi envie qu’ils voient sa maladie. Elle l’avait déjà voulu, avant. Qu’ils sachent tous qu’elle était malade. Elle avait aussi en même temps très peur.
« Ah, tu sais pas jouer au foot, c’est ça ? Bah, si c’est que ça, je peux t’expliquer, tu sais ! Si tu veux bien jouer avec nous, bien sûr… »
Elle hésita encore, tête baissée, évitant ainsi de croiser le regard du garçon afin de lui cacher cette lutte intérieure qui l’agitait. Elle était malade… Mais pourtant… Elle voulait aller jouer avec eux ! Le petit garçon la regarda un instant, puis lui demanda doucement, en chuchotant, comme si il s’était agi d’un grand secret :
« Tu es muette, c’est ça ? Ma petite sœur aussi, elle est muette, elle parle jamais, comme toi… Maman dit que c’est à case d’une maladie, et qu’il faudrait un miracle pour qu’elle parle… Je sais pas trop ce que c’est un miracle, mais si ça peut guérir ma petite sœur… »
Anaïs sursauta au mot « maladie ». Donc elle n’était pas la seule à être malade ? Elle ne se souvenait plus, déjà… Elle se leva d’un bond, mais trébucha. Le petit « comme Papa » se précipita vers elle, pour l’empêcher de tomber. Anaïs voulut lui hurler de ne surtout pas la toucher, par réflexe, mais il était déjà trop tard. Elle tomba évanouie.
Anaïs ouvrit les yeux. Tenta de se lever, avant de retomber lourdement sur le sol. Autour d’elle, il y avait tout un attroupement, qui discutait apparemment de son évanouissement.
« Oui, quand il l’a touchée, ils se sont effondrés, en même temps…
- Quelle horreur ! Sûrement un de ces satanés résidus d’énergie nucléaire de la centrale qui a explosé non loin d’ici il y a quelques années… Il ne faut pas rester ici !
- C’était il y a plus d’un demi-siècle, aux environs de l’an 2014, je crois… Aucune chance que…
- THOMAS ! Oh ! Mon Thomas ! Mon petit Thomas ! Tu es réveillé ! Enfin ! Mon Thomas ! »
Anaïs tourna la tête vers la voix. Une femme arrivait en courant. Elle se jeta sur Anaïs en pleurant et la serra dans ses bras à l’étouffer.
« Oh, mon Thomas ! J’ai eu si peur ! »
Anaïs sourit, puis se tourna vers le corps étendu au sol à ses pieds. Le corps d’une fillette d’à peine huit ans aux longs cheveux noirs en bataille, habillée d’une jolie robe bleue, et qui gardait les yeux clos. Son corps à elle… Elle sourit encore une fois. Pour l’instant, sa « maladie » n’était pas encore « activée » dans son nouveau corps. Elle allait pouvoir profiter quelques temps de sa nouvelle vie en tant que « Thomas », une vie « normale ». Ensuite, Papa et Maman finiraient bien par la retrouver. Comme toujours. Elle regarda son ancien corps. C’était dommage pour le vrai Thomas, désormais prisonnier d’un corps sans vie, il avait été si gentil avec elle… Elle regrettait presque de lui avoir volé son corps, ses souvenirs, et sa vie. Anaïs sourit encore une fois. Papa et Maman n’étaient pas dotés de son pouvoir, en fait, depuis l’explosion de la centrale nucléaire dans laquelle ils avaient travaillé, ces deux scientifiques s’étaient vu offert la jeunesse éternelle, ainsi que le don d’effacer les souvenirs. Mais ils avaient de moins en moins de force, contrairement à elle. Un jour, elle finirait par les dévorer, comme les autres… Anaïs réfléchit. Elle n’aimait pas les corps des garçons. Sûrement parce que, à l’origine, elle était une fille. Il lui fallait un autre corps, le plus tôt possible.
« Maman ? demanda-t-elle à la mère de Thomas, avec laquelle elle s’éloignait du Parc. Quand est-ce que je pourrais revoir ma petite sœur ? Je suis sûr que le nouveau super pouvoir que j’ai gagné devrait l’aider à parler, maintenant ! Oui, j’en suis persuadé ! J’ai hâte d’essayer… »

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MessageSujet: Re: [RP-histoire] Histoires d'une folle   Lun 15 Mai - 23:28

Continuons, continuons... Maintenant, si vous avez eu le courage de lire le texte précédent, vous savezà quoi vous attendre. Mais cette fois-ci, c'est un autre texte, dans un genre différent. Très différent, pardon ! Un texte fait pour vous qui aimez l'informatique autant que moi. Lisez, lisez donc ! Courage... Je commence !




L'IA



Lucie regarda l’écran. Les codes informatiques défilaient à toute vitesse devant ses yeux. Bientôt… D’un seul coup, elle entra une combinaison de touches. Elle relut la dernière ligne. C’était bien là qu’elle s’était arrêtée la dernière fois. Elle recommença à taper, les yeux rivés sur l’écran. Ses mains voletaient rapidement au dessus du clavier, tandis que les lignes de caractères de ces codes connus d’elle seule s’affichaient. Encore quelques programmations… quelques mises au point… Voilà ! Elle y était ! Avec un sourire, elle appuya sur la touche « entrer ». Elle savait parfaitement ce qu’elle avait à faire, maintenant. Elle rêvait de ce moment depuis si longtemps… Impatiente, elle ouvrit une autre fenêtre, et visionna la « créature » qu’elle avait inventée durant ces derniers mois. Elle était parfaite ! Sur son écran, une jeune fille d’environ quinze ans, habillée d’un tee-shirt et d’un jean trop grands, la regardait. Lucie s’amusa à contempler chaque trait de son visage. Les joues légèrement creuses, les longs cheveux châtains, les yeux marron, le petit sourire en coin… Elle s’arrêta net et fronça les sourcils. « Le petit sourire en coin » ? Mais elle n‘avait jamais programmé un tel sourire ! Elle rapprocha son visage de l’écran. Maintenant, le sourire semblait s’élargir. Que se passait-il ? Elle retourna voir sur l’autre fenêtre, afin de trouver l’erreur. Elle eut beau passer plusieurs heures à relire les lignes de code, elle ne trouvait pas. Elle revint voir son clone virtuel. Il avait disparu ! Affolée, elle tenta de rouvrir le fichier sur lequel elle avait enregistré sa « jumelle ». Mais toujours rien ! Le fichier existait toujours, pourtant… Retour aux lignes de code. Avait-elle tout effacé par erreur ? Non, les caractères étaient toujours là, bien sages. Mais qu’était devenue l’IA ? Elle fit rouler la molette de la souris jusqu’à l’endroit qu’elle avait modifié. La capacité d’apprentissage, le siège de l’intelligence artificielle. Ce qui permettait de faire vivre l’IA. Qu’elle avait été son erreur ? Le clone avait été effacé. Mais ses données existaient toujours. D’ailleurs …
« Elles augmentent ! souffla Lucie, époustouflée. Le volume des données a presque triplé ! »
Surprise, elle revint sur la fenêtre où son clone aurait dû se trouver… aurait dû ! Car l’écran restait désespéramment vide. Mais alors, où se trouvaient les données ?
« Retourne-toi ! ordonna une voix, derrière elle. Regarde-moi donc, ma très chère jumelle ! »
Lucie frissonna. Lentement, elle se retourna vers la voix qui venait de l’interpeller. Vers sa voix. Vers leurs voix. Assise sur son lit, son clone la regardait avec le même sourire que celui qu’elle avait décelé précédemment sur l’écran. Avec effroi, Lucie vit celle qu’elle avait créée se lever, s’approcher d’elle, se pencher vers l’écran, qu’elle tapota avec satisfaction.
« Quel dommage qu’il n’y ait plus personne, ici, non ? J’imagine que la disparition de ton IA doit te désespérer ! ajouta le clone en regardant Lucie.
-Mais… Ce n’est pas possible ! tu n’existes pas ! Je t’ai inventée ! tu ne peux pas exister ! tu n’existes pas !
-Si… si, si, si ! Moi… j’existe ! Mais toi… »
L’IA agrippa soudain Lucie et la poussa vers l’ordinateur. Les circuits de l’unité centrale étaient à l’air libre. Lucie se souvint soudain, mais un peu tard, qu’elle avait ouvert récemment le « ventre » de son ordinateur. C’était par là qu’était passée l’IA. Elle sentit qu’on la poussait vers les circuits. Elle voulut résister, mais elle se sentit soudain happée par l’ordinateur. Puis plus rien. Le vide. Elle était devenue IA. Simple intelligence artificielle. Un stupide clone pour tous. La véritable Lucie n’existait plus. Elle aurait voulu pleurer, mais elle n’avait jamais prévu de programmer cette réaction. Et elle ne la programmerait sans doute jamais.

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MessageSujet: Re: [RP-histoire] Histoires d'une folle   Lun 15 Mai - 23:32

Enfin, pour la fin de la soirée, un petit texte à savourer seul, devant son écran, en se demandant si ma folie a une limite. Mais la folie peut-elle avoir une limite ? Dans ce cas, je le crains, ce n'est plus la folie. Pas la folie qui aide à aller de l'avant quoi qu'il se passe et qui oblige à écrire, écrire l'horreur, décrire ce que l'on voit, le monde durant la nuit, vu à travers nos yeux. Vu à travers mes yeux.
Ce n'est pas grand-chose, mais lisez quand même, lisez donc, jusqu'à la dernière ligne ! Mais ne vous inquiétez pas, ma folie, je l'ai tenue en laisse, cette fois...



Enterrement



Déjà, le corbillard arrive. La morte attend, dans son cercueil. Les proches sont tous là. On monte le lit de bois de la morte dans le corbillard, cérémonieusement, délicatement, comme si l’on craignait de réveiller son occupante par de trop brusques mouvements. Puis le véhicule démarre, lentement, suivi par toutes ces personnes qui se sont rassemblées, ces gens qu’elle ne connaissait même pas, pour la plupart, mais qui font « partie de sa famille ». La morte, dans son cercueil, ne voit rien de cette silencieuse procession. On finit par arriver au cimetière. On fait descendre précautionneusement le cercueil du corbillard, puis on entre à l’intérieur du cimetière, toujours en silence. Dans l’une des allées, un trou a été creusé, une pierre tombale est prête à être dressée. On fait descendre délicatement dans le trou le cercueil, puis ceux qui croient connaître le mieux la morte parmi ce groupe d’étrangers commencent à parler d’elle, avec conviction. La morte, dans son cercueil, n’entend rien de ces paroles d’amour hypocrites. Enfin, chacun jette une poignée de terre sur le cercueil, chacun dit un dernier mot d’adieu à la morte. Puis on rebouche le trou et on dresse la pierre tombale. Certains se rendent alors chez le notaire, la majorité d’eux étant ceux-là même qui avaient parlé de la morte moins d’une heure plus tôt. D’autres préfèrent pleurer et se lamenter sur la disparition de cette personne qu’il ne connaissait pas vraiment, devant sa tombe. La morte, dans son cercueil, le sait rien de tout cela. Elle ignore, du fond de son lit de bois, ce qui se passe à la surface. Mais pourtant, sous la pierre tombale, sous la terre froide du cimetière, dans son cercueil, la morte respire toujours.

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MessageSujet: Re: [RP-histoire] Histoires d'une folle   Mar 16 Mai - 20:19

Ce soir, je ne vous raconterai qu'une seule histoire, longue à lire, longue à raconter, donc, e soir, elle sera la seule. Encore une fois, c'est l'informatique qui me servira d'intermédiaire pour faire passer la folie. Ou, plutôt, un peu de folie. Si peu de folie. Juste un peu de ma folie.
Cette histoire est construite sur mon "modèle-type" d'histoire. Après en avoir lu quelques unes, vous comprendrez sûrement à quel point mon "modèle-type" est représentatif de ma folie.





Les fatigués



Elle se réveille. Encore fatiguée. Garde les yeux clos dans la pénombre. Espère que le temps se soit arrêté. Le ronronnement de l’ordinateur, dans un coin de sa chambre… Son réveil finit par sonner. Anouk fait semblant de ne pas l’avoir entendu. Si seulement le monde avait cessé de tourner durant la nuit ! Un miaulement. Ah ! Le chat ! Elle soupire. Ouvre les yeux. Se lève. Le chat a faim. C’est peut-être encore la seule créature sur cette terre à avoir besoin d’elle. Elle attrape la nourriture pour félins, la met dans une petite assiette qu’elle approche du museau de l’animal. Encore une fois, elle ne s’est levée que pour lui. Mais peut-être que demain… Le chat s’éloigne. Sans rien avoir mangé. Il va sûrement chercher sa pitance chez des voisins. L’ingrat… Elle ne peut pas s’empêcher de se dire que même lui l’a finalement abandonnée. Elle soupire. Au moins demain pourra-t-elle rester dans son lit, faisant semblant d’être endormie… Ou peut-être même morte, qui sait ? Elle sourit. Fatiguée… Regarde la gamelle encore pleine du chat. Tant pis. Anouk ramasse la petite assiette et la met dehors, à l’intention des autres chats du quartier. Puis elle retourne dans la cuisine. Ah, ses parents lui ont laissé des post-it avant de partir travailler, tôt ce matin. Encore ces petits papiers jaunes, qui sont désormais leur unique moyen de communication, fragile lien qui les relit encore, tout les trois. Anouk aurait tant voulu un petit frère ou une petite sœur. Mais sa mère a avorté, quand elle est retombée enceinte. La jeune fille n’a pas pu lui pardonner. Elle finit par s’approcher des post-it. S’en saisi. Les lit. Son père part encore une fois en « voyage d’affaire », au Canada. Elle le soupçonne d’avoir une maîtresse. Peu lui importe, en fait. Elle ne le considère même plus vraiment comme étant son père. Sa mère, elle, part tout simplement en vacances ce soir. Elle ne rentrera pas à la maison, indique-t-elle. Honnêtement, Anouk s’en moque. Sa mère part souvent en voyage, seule, directement après son travail. Sans elle, bien sûr, la laissant seule dans cette maison vide. Elle ne leur pardonne pas, à ses parents. Elle soupire. Ils auraient pu au moins la prévenir avant. Mais depuis quand ne les a-t-elle pas vus, d’ailleurs ? Anouk finit par ne plus s’en souvenir. Le week-end dernier, elle ne s’est pas levée. Elle ne voulait pas. Elle n’y était pas obligée par le chat, ses parents s’en occupaient. Et eux se fichaient totalement de sa vie à elle. Et le week-end précédent ? Ils étaient tout deux partis présenter leur condoléances à la famille. Mamie était décédée la semaine précédente, et ils n’avaient pas eu le temps d’aller voir la famille. Mais ils avaient pu aller à l’enterrement ce week-end. Pas elle. Ils ne lui avaient même pas proposé, ils lui avaient juste laissé un post-it. En fait, elle doit s’avouer qu’elle ne se souvient même plus de la dernière fois qu’elle les a vus. Elle hésite un instant, puis arrache les post-it. Elle n’en a plus rien à faire. Ces post-it sont les seuls restes de communication avec ses parents, inutiles vestiges d’une époque qu’elle sait révolue depuis longtemps. « Communication »… Elle grimace à ce mot, se souvenant d’un soir où sa mère l’a trouvée devant son ordinateur, il y a déjà quelques années. Elle était en train de chater. Elles s’étaient disputées, sa mère trouvant que l’ordinateur ne remplaçait pas la communication avec la famille. En l’entendant lui dire ça, Anouk avait vu rouge. Elle s’était levée, avait attrapé le poignet de sa mère, et l’avait secouée, comme une possédée, en hurlant, cynique :
« Quelle famille ? Hein, tu peux me dire ? Qu’est-ce que c’est la famille, pour toi ? Papa, Maman, Anouk, c’est ça, la famille, hein ? Une famille qui ne se préoccupe pas de moi est-elle réellement ma famille ? Et si je veux changer de famille, hein ? Si j’en veux une qui soit réellement une famille ? Arrête de parler de famille, tu sais même pas ce que c’est ! »
Sa mère n’avait pas su répondre à cette accusation, et était sortie de la pièce, en silence, la laissant seul dans sa chambre avec l’ordinateur. Anouk aurait tellement aimé, à ce moment-là, que sa mère la prenne dans ses bras, en lui disant que oui, ce n’était peut-être pas une bonne famille, mais que c’était la sienne. Qu’elle l’aimait. Qu’elle voulait que cette « famille » continue d’exister. Mais elle n’avait rien dit. Rien… C’était ce jour-là que tout avait fini par se rompre réellement. Peu après, elle avait décidé de ne plus aller en cours. Déjà à l’époque, ses parents s’en fichaient. Et elle aussi, en fait. Elle avait pris pour habitude de se lever le matin pour nourrir le chat, puis de rester devant son ordinateur toute la journée, n’avalant que le contenu d’une boîte de conserve. Sans la faire chauffer. Le principal, c’était que ça la nourrisse. Et elle restait devant son PC. Jusqu’à ce qu’elle tombe d’épuisement. Alors seulement, elle se levait, se traînait jusqu’à son lit, sans même éteindre l’ordinateur, sans jamais voir ses parents. Ils ne se disaient même plus « bonjour » ou « bonsoir ». « Communication », hein ? Elle ricane. Elle ne connaît plus ce mot. Elle retourne dans sa chambre, pièce au volets toujours clos, et s’approche de son ordinateur adoré. Elle a même oublié de prendre une boîte de conserve pour se nourrir, avec tout ces souvenirs, remarque-t-elle finalement. Tant pis… Elle ne mangera pas aujourd’hui. Elle s’installe devant son ordinateur, ouvre la fenêtre du chat. Salue chacune des personnes présentes, comme d’habitude. Elle les connaît tous… Et tous la connaissent, la saluent…

<Bot> Bienvenue sur le chat, Ice ! Vous allez être connecté(e) au canal #tristesse, veuillez patienter. La connexion peut prendre une minute.

*Ice vient d’entrer sur le chat*
<Bot #tristesse> Bienvenue sur le canal #tristesse, Ice ! Il y a actuellement 10 connectés.
<Ice> : Salut tout le monde…
<Soupir> Hello Ice ! Ca va ?
<Marre_de_la_life>Hé, Ice ! T’as mis du temps à te connecter, aujourd’hui ! Qu’est-ce qui s’est passé ?
<Ice> Comme d’hab‘, Soupir ! ^^ J’en ai marre ! Et vous, vous allez bien ?
<Ice> Mon chat voulait pas bouffer…
<Marre_de_la_life> La sale bête… Tu lui as foutu un coup de pied au cul, j’espère ?
<Rose_morte> Ah, salut, Ice, je t’ai pas vue arriver ! =__=
<Ice> Nan, en fait, je m’en fous…
<Soupir> Ma pauvre ! ^^’ Quelle sale bestiole…
<Ice> Ah, Rose_morte… T’es fatiguée ?
<Rose_morte>… Y’a que toi qui fasses pas partie des « fatigués », ici…

Anouk s’interrompt une seconde. Oui, elle était la seule à ne pas être officiellement une « fatiguée »… Pas encore…

<Ice>… Je compte le devenir… Bientôt…
<Hana-chan> … La question, c’est « quand ? »
*Viva_Sun vient d’entrer sur le chat*
<Viva_Sun> Hey, salut les gens ! Comment ça va ? C’est la première fois que je viens sur ce canal ! ^__^
<Soupir>Ah, une nouvelle recrue…
<Viva_Sun> Comment allez-vous, vous tous ? Et puis quoi de neuf ? ^__^
<Rose_morte> Tu nous connais pas, tu nous as jamais parlé, et tu nous demandes ce qu’il y a de neuf… T’es bizarre…
<Ice> Quoi de neuf ? Attends, t’as dû te tromper de canal !
<Viva_Sun> Ben… Alors, comment ont commencé vos journées ? ^__^ Je veux mieux vous comprendre, les potes !

Anouk sourit devant son PC. Oh, il va voir, ce nouveau… Il va être « baptisé », il va comprendre pourquoi peu de gens viennent sur #tristesse ! Avec un petit sourire carnassier, la jeune fille se met à taper à toute vitesse sa journée…

<Ice> Bon, puisque tu insistes… Je vais te raconter ma passionnante journée !
<Ice> Ce matin, je me suis réveillée avant que mon réveil ne sonne. Je ne me suis pas levée, j’ai espéré que j’étais morte. Mais ce n’était hélas pas le cas… Dommage. Mon réveil a sonné. Je n’ai pas pris la peine de l’éteindre, j’ai attendu qu’il s’arrête tout seul.
<Ice> Puis le chat a miaulé, et je suis allée le nourrir. Donc j’ai fini par me lever. J’aurais tant voulu mourir durant la nuit.
<Viva_Sun> ??? O___o Qu’est-ce que tu racontes ?
<Ice> Ce salaud de chat s’est barré, il en a marre de la bouffe pour chat que je lui donne chaque matin. Sale bête… Après, j’ai aperçu les deux mots de mes parents. Ils se sont barrés eux aussi, j’suis toute seule.
<Soupir> La vérité… Elle est la même pour chacun d’entre nous. C’est ça, le canal #tristesse, Viva_Sun… Tu le savais pas ?
<Viva_Sun>… Attendez, vous blaguez, là ! Ca existe que dans les bouquins, des trucs comme ça…
<Ice> Sérieusement, je m’en fous totalement… Ce qui m’embête, c’est plutôt le chat, ça fait longtemps que mes parents ne sont plus des personnes sur lesquelles je puisse compter… Et je suis venue ici, sans rien bouffer.
<Ice> Je crois que je vais rien avaler de la journée. Ce soir, je vais aller au lit super tard, comme d’habitude. Et normalement, je devrais être en cours. Enfin, ça fait longtemps que je vais plus en cours…
<Viva_Sun> …
<Viva_Sun> … Je crois que je ne reviendrais pas.
<Soupir> Si, ne t’inquiète pas. Quand on entre une fois sur #tristesse, on y revient forcément !
<Hana-chan> A dans quelques jours !
<Larme_sang> Tiens, une nouvelle recrue…
*Viva_Sun has quit.

Anouk sourit devant son ordinateur. Ca l’amuse. Celui-là, elle le reverra d’ici une semaine, c’est sûr ! Elle regarde la liste des connectés, soudain frappée par un léger « détail » qui lui avait totalement échappé.

<Ice> Au fait… Où est Lys_fâné ?
<Hana-chan> Tu sais qu’elle faisait partie des « fatigués », comme nous tous ? ^__^
<Ice> Ah… Elle est « has quit » ?
<Soupir> Oui… Désolé, c’était ton amie…
<Soupir> Mais ne t’inquiète pas, on s’y fait…

Anouk soupire. Lys_fâné, Lisa de son vrai nom, était encore là la veille, elles s’étaient parlé… Mais elle lui avait dit qu’elle état fatiguée. Elle avait dit ça avec un sourire.

<Ice> … Ca s’est passé comment ?
<Larme_sang> Comme d’habitude. Elle n’a plus parlé pendant plusieurs heures, puis elle est passée « has quit ». C’était fini, déjà…
<Soupir> Elle a dû choisir d’activer la mise en veille automatique de son ordinateur…
<Ice> Je sais que c’est le « signe » que le « fatigué » est parti, mais…

Anouk a du mal à l’accepter. Lisa était sa meilleure amie, sa seule confidente. Bon, elle ne l’a jamais vue dans la « vraie vie » (d’ailleurs, Anouk considère maintenant que le chat est sa « vraie vie »…), mais… C’était tout de même sa meilleure amie. Elle savait qu’elle était une « fatiguée », mais l’annonce de sa mort la surprenait. Enfin, sa mort… Les « fatigués » étaient des personnes qui décidaient, sur le canal #tristesse, de se donner la mort en continuant à parler à ces gens qui les comprenaient. Ils ne quittaient plus leur ordinateur, ne mangeaient plus, ne dormaient plus (d’où leur nom)… Lisa en était devenue une il y avait longtemps. Mais certains fatigués mettaient du temps à mourir. Soit parce qu’ils finissaient par craquer et par aller se nourrir et dormir, soit parce que leurs parents les trouvaient et les emmenaient à l’hôpital. Soupir y avait déjà fait plusieurs séjours, et Hana-chan finissait toujours par avaler quelque chose et aller dormir, après avoir prévenu les autres de son déshonneur. Mais Lisa n’avait pas craqué, car les « fatigués » qui craquaient avaient toujours l’honnêteté de le dire. Lisa n’avait pas été envoyée à l’hôpital, car elle aurait alors prévenu par le « code » choisi par les fatigués pour prévenir quand leurs parents les voyaient. Non, Lise avait juste été plus résistante que les autres… Elle était tombée dans le coma après plus longtemps que les autres.

<Larme_sang> Tu pleures ?
<Ice> Crois-tu que je puisse encore verser une seule larme ?
<Soir_> Non…
<Marre_de_la_life> Ah, Soir_, je commençais à me demander si t’étais pas mort !
<Rose_morte> Idem ! ^^’
<Morte666> Re ! Excusez-moi, j’étais en train de manger… J’ai craqué…
<Ice> Ah, salut, Morte666 !
<Soupir> On te pardonne, Morte666 ! ^__^
<Morte666> Ice ! Lys_fâné est sûrement morte, ils t’ont dit ?
<Ice> Oui…
<Hana-chan> Quand deviendras-tu une « fatiguée », au fait, Ice ?
<Soupir> Mais oui, c’est vrai !
<Soupir> Avant que notre future nouvelle recrue n’arrive, tu as parlé de devenir une « fatiguée », toi aussi !
<Ice> Ouaip, j’en ai marre.
<Marre_de_la_life> Comme tout le monde ici…
<Soupir> Donc tu veux devenir une « fatiguée » ? ^__^
<Soir_> Classe, une nouvelle « fatiguée » !
<Morte666> T’es pas comme ces peureux qui ne viennent qu’après leurs cours, toi, tu peux devenir une « fatiguée »… T’as tout à y gagner !
<Larme_sang> C’est ok, Ice ? =)
<Ice> Ouais, c’est bon ! Je voulais devenir « fatiguée » depuis longtemps…
<Ice> Je suis prête psychologiquement…
<Ice> Je commence tout de suite ! XD
<Soir_> Bonne initiative…
<Hana-chan> Cadenasse le frigo, pour plus de sécurité ! Wink
<Midnight> Ice ! Excusez-moi, j’avais pas vu qu’on parlait d’une nouvelle « fatiguée »… Pense Donc à mettre la veille automatique !

Anouk sourit à cette proposition. Elle ne va pas cadenasser le frigo. Elle veut vraiment mourir. Elle miniaturise la fenêtre, va mettre la veille automatique au bout de trois heures, puis retourne sur le chat.

<Soupir> Au fait, tes parents rentrent quand ?
<Ice> Mystère…
<Rose_morte> Aucun risque qu’ils la trouvent quand elle est dans le coma, si c’est la question… Vous les connaissez autant que moi, je peux vous affirmer qu’ils s’en foutent.
<Soupir> Les « fatigués » n’ont pas fini de mourir, je crois…
<Hana-chan> Non… Ils n’ont pas fini. Il faudrait qu’on se dépêche, nous voilà vétérans, Soupir… Nous aussi, on doit mourir. Nous aussi, on est des « fatigués ».
*Elfe_Larmes has quit

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MessageSujet: Re: [RP-histoire] Histoires d'une folle   Mer 5 Juil - 16:17

Voilà, après une longue absence, je reviens avec une nouvelle histoire pour vous. Que la technologie est merveilleuse ! Grâce à elle, on devient fou... complètement fou... Et la folie, ça se propage par els histories... Lisez, lisez donc ! Cette histoire n'est pas très longue à raconter, mais c'est une histoire qui "raconte" quelqu'un de sensé dans un monde où la folie domine en seule maître... La folie humaine.




Nina



Nina ouvrit la porte du réfrigérateur, en sortit une assiette sur laquelle trônait un poulet, qu’elle déposa sur la table, avant de se diriger vers la télévision, qu’elle alluma distraitement. La voix d’un présentateur se fit entendre aussitôt. Nina monta légèrement le son, avant de retourner à la préparation de son dîner, ne prêtant qu’une oreille inattentive aux incroyables propos du présentateur.
« Fin de la guerre aux Etats-Unis. Contrairement à ce que pensaient les experts qu’elle elle a débuté, il y a déjà trois ans, l’économie Américaine va se relever très vite, et entraînera donc l’économie mondiale. L’Armée de la Vengeance nie sa responsabilité dans les attentats terroristes qui ont rasé Washington, Boston et Los Angeles il y a deux jours. Les autres grandes villes sont, heureusement, épargnées, mais la difficulté à… »
Nina grogna. Elle venait de se couper, trop absorbée par ce que racontait le présentateur pour faire attention à ses mains.
« Le Pérou menace d’utiliser sa bombe atomique toute nouvellement acquise contre le Portugal, au risque de provoquer la quatrième guerre mondiale. L’union Européenne refuse toujours de payer la somme d’argent réclamée par l’Amérique Latine en dédo… »
Nina soupira. En cette année 2019, le monde s’entretuait, s’autodétruisait, oubliant l’essentiel dans la vie. Même à l’époque de sa jeunesse, le monde allait mieux… Et pourtant, il prétendait avoir progressé ! Et le présentateur continuait de parler.
« … de suicides en Europe. Une jeune adolescente a avoué avoir utilisé les nouveaux anti-dépresseurs américains avant de se tirer une balle dans le crâne, devant le poste de police, en hurlant « Crevez tous ! ». Les enquêteurs s’interrogent encore sur la raison de cet acte démesuré, qui fait suite à… »
Nina ricana sombrement. Elle, elle le savait. Parce qu’elle était âgée, parce qu‘elle état ce qu’elle était, elle se trouvait seule, délaissée de tous, oubliée, comme ces jeunes. Les gouvernements se moquaient bien des plus faibles, dans ce monde où chaque Etat risquait à tout moment de se retourner contre ses anciens alliés.
« … tenant, c’est enfin le moment que vous attendez tous ! Les nouvelles avancées technologiques, qui vous aideront au quotidien ! Notre monde connaît quelques difficultés, mais la science avance à grands pas, il ne faut pas s’inquiéter ! »
Nina grimaça. Ce que le présentateur annonçait était un véritable euphémisme, destiné uniquement aux rêveurs qui croyaient encore au monde « d’antan », ceux dont la réalité virtuelle et les drogues qui l’accompagnaient toujours avaient anéanti le cerveau, leur ôtant leurs dernières chances de réflexion, ne faisant plus d’eux que de simples machines à obéir. Nina les méprisait. Ils avaient fui la réalité du monde en s’enfermant dans ces jeux de réalité virtuelle. Ou peut-être pensaient-ils réellement que leur monde était parfait ? Ridicule ! Elle, dont tous se moquaient, elle voyait clair dans cette atroce situation ! Elle sourit à cette pensée. Quelle ironie !
«. … robots. Leur commercialisation devrait débuter début Janvier 2020, et faciliter la vie et la sécurité des personnes qui les achèteront. Rappelons au passage que passage que la nouvelle loi Américaine, autorisant l’homicide en cas de vol, de tentative de meurtre ou de viol, vient d’être acceptée. La Russie et le Japon commencent eux aussi à parler de cette nouvelle loi. Bientôt le même progrès chez nous ? Affaire à suivre ! »
Nina soupira. Elle avait honte. Honte d’appartenir à cette époque où même le meurtre devenait légal. Quel était donc cet ancien proverbe, déjà ? Ah oui ! L’homme est un loup pour l’homme ; Et, plus que jamais, l’espèce humaine démontrait, à sa manière, que celui qui avait dit ça n’était pas le dernier des imbéciles, loin de là…
« … fin, une invention qui devrait grandement améliorer la vie des handicapés de notre beau pays, et, en particulier, ceux dont l’ouïe a été rendue hypersensible par les radiations nucléaires des essais atomiques de 2012, puis par la troisième guerre mondiale. La multinationale Australienne « Bealive » a commencé en début de semaine la commercialisation, dans l’Union Européenne, de sa toute nouvelle voiture, entièrement silencieuse, et, surtout, guidée par GPS à 100%. Son panneau de commande permet même aux muets de taper leur destination au lieu de l’annoncer à voix haute ! Voilà qui devrait bientôt révolutionner la vie des victimes du nucléaire ! les ventes explosent déjà, vous ne pouvez pas ne pas… »
Nina éteignit le poste, exaspérée. Elle-même était laissée à l’écart des « progrès de la science »… Ou peut-être s’en isolait-elle volontairement, en fait ?
Elle soupira. Elle venait de mettre le poulet au four, elle n’avait plus qu’à attendre la fin de la cuisson. Comme à son habitude, elle en profiterait pour aller se promener.

Elle sortit de chez elle, en silence, ses lunettes de soleil sur les yeux. Elle devait être étrange, ainsi… Une petite vieille, avec des lunettes noires… comme dans « Men in Black », ce vieux film qu’elle regardait quand elle étai plus jeune. Cette pensée la fit rire. Elle attrapa la clé de sa maison dans son petit sac quasiment vide, ferma la porte, puis descendit très lentement les escaliers menant à la rue. Quelques années plus tôt, un passant lui aurait sûrement proposé son aide, mais maintenant… Peu importait, finalement…

Elle avait envie d’aller au Parc. Elle s’approcha du bord de la route, tourna la tête à gauche, à droite, comme elle l’avait toujours fait, puis s’avança sur la voie.

Comment avait-elle pu ne pas voir arriver cette voiture « nouvelle génération », totalement silencieuse ? C’est ce que se demandèrent les infirmiers au moment de la mettre dans l’ambulance qui la transporterait vers l’hôpital, alors qu’elle ne serait bientôt plus qu’un cadavre. Mais, pourtant, quand ils l’examinèrent d’avantage, ils comprirent. Et Nina, quand ils lui retirèrent ses lunettes, sourit. Elle allait mourir, elle en était consciente. Mais quelle ironie ! Elle, qui voyait si clairement la situation actuelle de ce monde suicidaire, elle était tout simplement… aveugle.

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MessageSujet: Re: [RP-histoire] Histoires d'une folle   Mer 5 Juil - 16:22

Encore ? Vous en voulez encore une ? Hé, pourquoi pas ? Ce n'est pas moi qui prends des risques...
Lisez-donc, encor eune fois... La folie peut être transportée par n'importe quel personnage, humain ou animal... Lisez, enfin... N'ayez pas peur ! vous ne pouvez déjà plus reculer... vous avez envie de lire, n'est-ce pas ? C'est déjà trop tard pour vous, vous lirez la suite, quoi qu'il arrive... Quelle que soit votre peur, vous lirez...




Le chat




Le chat ouvrit un œil. Le referma aussitôt. Attendit un peu dans le silence de la maison vide. Il écoutait. Enfin, après de longues minutes passées à chercher ce son qu’il attendait depuis longtemps, il rouvrit les yeux, se leva, et s’étira longuement. La maison était toujours aussi vide. Aucun humain n’était encore venu.
Le chat fit quelques pas dans la maison, et s’arrêta devant l’escalier, hésitant à monter à l’étage. Il finit par se détourner. A l’étage, il y avait la chambre du petit garçon. Il aimait bien le petit garçon, le chat. Il était bon. Bonté aurait d’ailleurs pu être son deuxième prénom. Le chat l’avait toujours trouvé bon.
En fait, c’était normal. C’était le petit garçon qui l’avait sauvé. Le chat était alors destiné à mourir de faim, seul, attaché à un arbre avec une ignoble laisse, comme un vulgaire chien. Le petit garçon l’avait trouvé et l’avait alors libéré, avant de le ramener chez lui. C’était la période des départs en vacances, à ce moment là, alors le petit garçon avait tout naturellement pensé qu’il avait été abandonné par de bien méchantes personnes, et il s’était mis en colère contre ces gens, dont il avait crié que c’étaient de bien mauvais maîtres. Le chat était d’accord. Il n’aimait pas ses précédents maîtres. D’ailleurs, les parents du petit garçon aussi étaient mauvais. Le chat se dit alors avec inquiétude que les humains, en vieillissant, devenaient de plus en plus mauvais. Méchants.
Il se souvenait d’une très vieille dame. Elle avait un sal caractère ! Elle le frappait tout le temps. Qu’elle était mauvaise ! Le chat ne l’aimait pas. C’était d’ailleurs après sa disparition à elle qu’il avait été envoyé chez les maîtres qui l’avaient attaché à l’arbre… Des membres de la famille de la vieille. Les mauvais maîtres, les horribles maîtres ! Le chat gronda sourdement. Il n’aimait vraiment pas ces maîtres-là. Il ne les avait jamais aimés, même après…

Le chat s’approcha de la porte d’entrée. Imposante, large, faite d’un bois solide dont le chat ignorait le nom. Et surtout, fermée. A clef. La chatière avait était condamnée depuis déjà plusieurs mois, pour une raison que le chat ignorait toujours. Peu lui importait, au final, l’essentiel étant qu’il sache qu’il ne pouvait pas sortir de la maison par l’unique porte, actuellement, en tout cas. Il s’en éloigna donc. Encore une fois, il se retrouvait enfermé dans la maison, seul… La vie de chat était injuste, surtout pour un être comme lui. Il s’approcha de nouveau de l’escalier et, cédant à la tentation, monta à l’étage en quelques bonds.

Il avait faim. Et il avait envie d’aller dans la chambre du petit garçon. Son ventre gargouilla. Le chat grogna. Il était toujours de mauvaise humeur quand il avait faim… Et, maintenant, il avait très faim. Trop, évidemment. Il regarda autour de lui, louchant en particulier sur une porte du couloir, entrouverte sur la chambre du petit garçon.
L’animal réfléchit. Depuis combien de temps était-il seul ? Il lui sembla qu’au moins sept nuits s’étaient déjà écoulées depuis que… Mais non ! Il savait pertinemment que c’était moins ! Il y avait des signes qui ne trompaient pas ! Et le chat, qui avait maintenant l’habitude de cette situation, était passé maître dans la détection de ces signes, preuves infaillibles du temps qui passe quand on ne peut compter les nuits. Et cela ne faisait pas encore sept nuits. A peine quatre, en fait.

Le chat céda finalement à la tentation de cette porte qui le narguait, entrouverte sur ce qu’il savait être son Eden, son paradis que lui seul pouvait apprécier en ce moment précis. Il s’en approcha donc, à pas lents, se demandant si il faisait bien de se laisser tenter. Mais il avait trop faim. Et la chambre du petit garçon le narguait toujours. D’un bond, il y entra. Sans se préoccuper des os blancs et proprement nettoyés des deux premiers cadavres, il avança d’un pas assuré vers le fond de la chambre, et, d’un bond, sauta sur le lit défait où trônait le corps étendu d’un enfant dont le cou avait été abominablement déchiré par des crocs. Les crocs du chat.
L’animal regarda le corps inanimé de son jeune maître. Il l’avait gardé pour la fin. Les autres humains finiraient bien par s’apercevoir de la disparition de ceux-ci. En général, c’était au bout de sept nuits. Mais quand il y avait des enfants, c’était plus rapide. Enfin, parfois. Soudain, le chat fronça le museau. Son maître commençait à sentir sérieusement la mort. Le chat s’en approcha malgré tout et commença à l’étudier d’un œil expert.
Par endroit, la peau et la chair avaient totalement disparu, laissant place à la blancheur des jeunes os bien nettoyés. Si le chat avait eu une bouche capable de sourire, il l’aurait à ce moment utilisée à cet effet, avant de terminer de ronger les os du bras gauche de l’enfant. Le petit garçon avait bon goût. Vraiment. Le chat terminait toujours par le meilleur.

L’animal se souvint soudain avec délice de la première fois qu’il avait goûté à de la chair humaine. Son premier maître l’avait « créé » (c’était le terme utilisé par ce généticien, le chat s’en souvenait très bien) de manière à ce qu’il soit bien plus intelligent, mais aussi bien plus résistant que n’importe quel autre chat. Et il avait osé espérer le contrôler, comme on dirige un vulgaire chien, qui obéirait toujours aux ordres du maîtres, avec fidélité, et stupidité, surtout, sans jamais chercher à comprendre pourquoi on lui ordonne d’agir ainsi. Non, non, non ! Le chat s’était rebellé. Il s’était jeté sur le malheureux généticien, qui n’avait même pas vu la mort venir, et l’avait finalement dévoré. Il avait du même temps appris de nombreuses choses essentielles pour lui. Il pouvait avaler d’immenses quantités de nourriture d’un seul coup, sans que son physique en soit pour autant altérer outre mesure, il ignorait comment cela se faisait. Et, surtout, il avait appris le goût de la chair humaine. Mais après, il avait dû attendre de nombreuses nuits, avant que la « Police » ne le libère finalement, ignorant qu’elle libérait l’assassin du propriétaire de la maison. La « Police » avait appris du voisin que le généticien n’était pas sorti de chez lui depuis plus d’une semaine. Le chat en avait profité pour se sauver avant que la « Police » ne découvre les os et ne comprenne la sinistre réalité sur ce meurtre d’un genre jamais vu, et totalement hors du commun.

Tout à ses pensées, le chat venait de terminer de dévorer le garçon. Quand il s’en aperçut, il grogna de dépit. Il n’avait pas prévu de dévorer entièrement le garçon dès ce jour. Maintenant, il n’avait plus rien pour calmer sa faim, qui ne tarderait pas à revenir. Il redescendit l’escalier, puis s’enroula sur lui-même sur le tapis, devant la cheminée où aucun feu de brûlerait cet hiver, dans le but de s’endormir. C’est à ce moment-là qu’il l’entendit. Il resta quelques secondes l’oreille dressée, à l’écouter, pour être sûr de ne pas se tromper. Mais non, c’était bien cela. La « Police » se trouvait derrière la porte. Les chuchotements, imperceptibles pour une oreille humaine, en attestaient. A chaque fois qu’il y avait un enfant, c’était plus rapide, le chat devait attendre moins longtemps. De toutes façons, les enfants étaient meilleurs ! Le chat attendit donc patiemment que la « Police » enfonce la porte. Tandis que els humains montaient, il se faufila à l’extérieur, comme il le faisait à chaque fois, et, en attendant de trouver un nouveau foyer avec de bons maîtres, il redevint un simple chat errant. Chat errant parmi tant d’autres, il repartait à la recherche d’une proie. Encore une fois, il se mettait en quête d’humains au bon goût. Peut-être guette-t-il d’ailleurs devant chez vous, là où vous ne voyez qu’un simple chat errant, pensant, imaginant, élaborant un plan pour vous attendrir et guettant le moment où il pourra se faire adopter par vous ? Ou peut-être est-il déjà là, derrière vous, qui terminez de lire en ignorant tout de ce danger qui vous guette, de l’animal prêt à planter ses crocs dans votre gorge exposée à toutes les menaces ? Ne vous retournez pas, il est déjà trop tard. Lisez, lisez jusqu’à la dernière ligne ! De toutes façons, le chat ne manque jamais sa cible.

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MessageSujet: Re: [RP-histoire] Histoires d'une folle   Lun 11 Sep - 18:24

Tiens, vous revoilà ? Oh, mais ce n'était pas assez effrayant pour vous ? Il faut donc que je cesse de vous raconter des histoires qui vous concernent directement ? Une histoire qui pourrait se passer "dans un autre monde" ? Voyons voir si vous vous sentez concernés par ces problèmes tout à fait différents de ceux que nous avons vus jusqu'à présent ! Sortons donc de ce "modèle-type", je suis sûre que vous en mourrez d'envie ! Allons, sortons de là, sortons ! Et allons voir chez nos voisins à quel point leur monde est parfait, merveilleux... Ou peut-être est-ce le monde de notre futur ? quel merveilleux monde nous avons là, un monde fou... un monde fou à lier ! Ou est-ce un monde de fous ? Mon monde, votre monde... Lisez, enfin, n'hésitez pas ! Effacez donc ce sourire qui vient de naître sur vos lèvres ! Et laissez-moi vous raconter un monde fou, avec, en premier rôle, une innocente victime !




Merveilleux monde



Mat était dans sa chambre. Il attendait. Il avait le regard absent, il voyait tout, mais ne regardait rien, entendait tout, sans rien écouter. Il était assis sur son lit, mais il n’en était même pas conscient. Il attendait. Il ignorait ce qu’il attendait. Il ignorait depuis combien de temps. En fait, il ignorait même qu’il attendait. Il somnolait, assis sur son lit, dans l’attente de « quelque chose » qui ne viendrait sûrement jamais… C’était tout.
Soudain, la radio s’alluma, tandis qu’une sirène d’alerte retentissait dans le lointain. Cela le fit sortir de sa léthargie. Un communiqué « important », sûrement du gouvernement. Il entendit le présentateur, ainsi que l’écho de sa voix dans chacune des pièces de ce petit appartement et des autres, séparés par de minces cloisons que tout bruit traversait, annoncer que le président adoré du peuple avait une importante déclaration à faire aux habitants de ce bon pays. Mat aurait évidemment préféré éteindre la radio, mais il ne pouvait pas. Il était obligé d’attendre la fin de cet ennuyeux discours qui ne le concernait pas vraiment, et ne l’intéressait en rien. Il soupira. Se leva de son lit, fit trois pas dans sa chambre, hésita, puis, finalement, retourna en arrière et se laissa tomber sur le matelas, assis. Il ne savait pas quoi faire, de toutes façons. Alors il écouta.
Le président auto-proclamé venait d’annoncer que les nouveaux laboratoires scientifiques installés dans certaines des prisons (dont la liste, précisait-il, venait juste d’être agrandie de trois nouveaux noms) « dans un but d’amélioration des conditions de vie et d’hygiène des prisonniers, ainsi que de leur santé, car ils pourraient ainsi bénéficier des médicaments tout nouvellement créés » allaient être mis en service dès le lendemain. Mat ne dit rien. Aux dernières nouvelles, la prison où se trouvait le reste de sa famille ne faisait pas partie des « réservoirs à cobayes ». En tout cas, pas encore…
Enfin, le discours se termina, et une jeune chanteuse, étoile montante de la musique, entama son dernier grand succès, « Merveilleux monde ». Elle était évidemment payée par le gouvernement et sa chanson constituée une sorte de propagande, mais les gens faisaient comme si ils l’ignoraient. Sa voix était merveilleuse, tout comme ce monde qu’elle chantait.
A la fin de la chanson, que Mat fredonnait doucement, la radio s’éteignit avec un « clic » sonore, tandis que toutes les autres radios de la ville (mis à part celles qui étaient allumées avant le discours du dictateur) s’éteignaient en même temps. Le calme était revenu dans l’immeuble. L’adolescent se laissa tomber en arrière sur son lit. Il étouffa un cri de surprise, se redressa d’un bond, et se massa le dos. Un regard furieux vers son lit… Mais quelle idée, aussi, de laisser traîner sa console de jeu portable n’importe où ! Enfin, une console de jeu portable… C’était une véritable antiquité, un vieux Gameboy Color sorti d’une époque lointaine, inaccessible. Sa mère prétendait que l’objet avait appartenu au père de la Grand’ma. Mat ne la croyait qu’à moitié. Et cet objet légendaire impressionnait les filles… Surtout Anna, en fait… Il sentit que ses joues s’empourprer. Il pensait trop à elle…
Il saisit le Gameboy avec délicatesse et la posa doucement au sol. Il ne faut pas violenter les antiquités. De plus, les anciens jeux vidéo, ainsi que les vieilles consoles, étaient strictement interdits. Mat, comme tout les garçons de son âge, possédait une console « offerte » par le gouvernement, la L.A. … Sous ces deux lettres énigmatiques se cachait « Lumière Amusante », de son vrai nom. Tout le monde trouvait cela idiot, et Mat ne faisait pas exception à la règle. En fait, il y avait bien des gens pour trouver ce nom ridicule « amusant ». C’était les membres du gouvernement eux-mêmes, qui le trouvaient parfait. Et dans une dictature, on ne contredit jamais le pouvoir. Les habitants, entre eux, murmuraient que l’imbécile heureux qui avait trouvé ce nom avait dû souhaiter absolument utiliser les initiales de la vieille ville de Los Angeles, détruite par une bombe atomique, justement envoyée par leur pays, un demi-siècle plus tôt. Quant à Mat, il pensait qu’un nom tel que « Lente Agonie », pour garder les mêmes initiales, aurait mieux convenu à cette chose si généreusement offerte par le gouvernement. Si la console était la seule autorisée, c’était évidemment parce qu’elle était la seule à n’accepter que des « jeux » qui n’étaient, de toute évidence, que de la propagande. C’était certainement le moyen le plus simple de rallier à la cause du pouvoir en place les jeunes qui s’ennuyaient. Et il y en avait beaucoup.
Mat avait jeté au sol tout les objets qui jonchaient la couverture de son lit, et s’était finalement assoupi. Quand il se réveilla, ce fut pour se souvenir qu’il avait rendez-vous avec des amis. Il devait y être à 15 heures. Il avait hâte de revoir Léna, Cédric, Quentin, Jeff… Et Anna, surtout… Elle était tellement belle ! Et tellement gentille… Il rougit un peu en pensant à elle. Non, il devait se concentrer sur la réunion ! Ne pas penser à son sourire… La réunion seulement ! C’était l’une de leurs dernières réunions hebdomadaires, leur plan était presque prêt… Récemment, il y avait eu des groupes comme le leur qui avaient été arrêtés dans les villes proches. Le gouvernement avait depuis longtemps interdit les réunions entre jeunes en dehors des écoles ou des « camps d’éducation de la jeunesse ». Il s’agissait en réalité d’un véritable « bourrage de crâne » de la jeunesse, où l’on parlait, entre autres, de la prétendue « situation désastreuse » des autres pays, pour convaincre les jeunes de la perfection du très glorieux état où ils avaient l’immense chance de vivre, heureux. C’était un véritable plan de propagande qui s‘était mis en place ces dernières années. Mat n’y allait jamais. Il se mit à chantonner « Merveilleux monde », cette chanson qui portait tout ces espoirs… Il voulait voir un jour ce monde ! Et la fin du règne de la terreur…
L’adolescent repensa soudain à l’injuste arrestation de son père, à laquelle il n’avait d’ailleurs même pas assisté, tout lui ayant été raconté par ses deux frères cadets et sa mère peu après. Il savait que son père avait été envoyé en prison pour la seule raison d’avoir demandé son chemin à une petite vieille, alors qu’il devait se rendre dans un lieu dont il ignorait l‘emplacement. Il ignorait bien sûr à ce moment-là que la vieille en question appartenait à la classe des privilégiés, ceux dont les familles avaient fait fortune en dénonçant un ou plusieurs « rebelles », et qui étaient ensuite « aidées » par le pouvoir pour leur dévouement à la patrie. Personne ne les aimait. Son père s’était approché, elle avait hurlé, appelé la police, crié qu’on voulait la détrousser, et sûrement la tuer ! Il s’était sauvé en courant, en comprenant que cet acte suffisait pour l’envoyer en prison. Il avait semé les hommes qui étaient à ses trousses. Le soir même, quand il rentra, ce fut pour être cueilli par les policiers, dans son propre appartement, devant sa femme et deux de ses trois fils. Mat, pendant ce temps, était à une réunion, et c’est ce qui le sauva. Sa mère lui donna des consignes très strictes après lui avoir raconté l’arrestation, puis l’obligea, dès son retour, à se cacher jusqu’à ce que l’on vienne la chercher, elle et ses deux plus jeunes fils. On vint. Mais on ne trouva pas Mat. En réalité, on ne le chercha même pas, sa mère ayant expliqué qu’il avait fugué plus d’une semaine avant l’arrestation du père au moment où les policiers l‘interrogèrent. Mensonge crédible, puisqu’il n’allait plus à l’école depuis une semaine, mensonge confirmé aussi par les deux jeunes garçons. Et maintenant, cela faisait déjà plusieurs semaines que personne ne l’avait vu. Et si on l’avait vu, dans le voisinage, on se gardait bien de le retenir. Tous dans cette petite ville connaissaient l’existence des réunions secrètes qui avaient lieu parmi des groupes de jeunes un peu partout dans les environs, en vue de faire naître la Révolution, de la porter jusqu’à la Capitale, et d’enfin sortir le pays de cette léthargie ! Les jeunes devaient être ceux qui brandiraient en premier les drapeaux rouges.
Mat sortit soudain de ses pensées. Quel idiot ! Il fallait vite réaliser le Plan, seul moyen d’aider au mieux la Révolution, qui grondait doucement, et lentement commençait à se montrer… Il la sentait partout, présente… « Merveilleux monde »… Il le verrait ! Oui, il ferait parti de ceux qui feraient enfin vivre ce monde ! Et il reverrait ses parents ! Il se saisit du Gameboy Color, qu’il glissa dans son sac à dos beige. Il chercha des yeux le portable de son grand-père, inutilisable, certes, car il n’y avait plus de forfait depuis des décennies, mais qui pouvait malgré tout prouver sa présence dans l’appartement et le faire arrêter. Il finit par le retrouver, coincé entre son lit et le mur, et le jeta aussitôt dans son sac, avec le Gameboy Color. Il fit un tour rapide de l’appartement, ne trouva rien qui eut pu montrer à d’éventuels visiteurs imprévus qu’il était encore habité, et soupira de soulagement. Il craignait les perquisitions plus qu’autre chose, et elles pouvaient avoir lieu durant son absence. Dans ce cas-là, si quoi que ce soit prouvait que « quelqu’un » était là, la police se contenterait d’attendre son retour pour le cueillir et l’envoyer en prison. Et la Révolution n’aurait pas lieu avec lui. Sa mère lui avait conseillé, pour éviter cela, de récupérer Gameboy et portable avant de sortir, ces objets étant trop précieux pour être laissés derrière soi par un fugueur, ce qu’il était sensé être, et d’effacer, par tout les moyens possibles, tout signe de vie relativement récent, qui aurait pu alerter la police. Il n’était jamais sûr de ne rien avoir oublié, mais pour l’instant, il n’y avait pas eu de perquisitions. Ou alors, elles n’avaient pas laissé de traces.
Enfin, quand tout lui sembla parfait, il se faufila à l’extérieur de l’appartement, dans un silence qu’il savait n’être qu’une précaution inutile. Aucun des voisins ne le dénoncerait. Il devait aller à la réunion… Retrouver Léna, Quentin, Cédric… Et la belle Anna… Il rougit légèrement. Il devait participer à la Révolution, pas de temps pour les sentiments ! C’était ce que Jeff, leur guide, leur disait chaque fois. Il avait la trentaine, et de l’argent, mais préférait travailler dur pour libérer le peuple opprimé plutôt que de profiter de sa fortune, qu’il avait acquise d’une manière un peu mystérieuse. Anna pensait qu’il s’agissait d’un héritage, Mat avait donc finit par croire de même. Elle était tellement intelligente, Anna… Et Jeff aussi ! Tous, ils le respectaient, comme on respecte un guide, un chef, un dieu… C’était un peu ce qu’il était pour eux.
Mat était maintenant dehors. Il rasait les murs de son immeuble, prêt à se cacher au moindre son étranger ou au moindre uniforme de policier. Soudain, il aperçut le panonceau où se trouvaient affichés les noms des prisons-laboratoires, écrits à la machine. Mais en dessous de la vingtaine de noms imprimés se trouvaient trois nouveaux noms. C’était eux qui avaient attiré le regard de Mat. Il s’en approcha, sans plus faire attention aux alentours. Ils avaient été ajoutés au stylo, récemment. Trois noms en écriture manuscrite. Et parmi eux, le nom de la prison où se trouvait désormais sa famille.
Mat courait droit devant lui. Il fallait faire vite, les sauver, les sortir de là avant qu’il ne soit trop tard ! Vite, courir ! A ses oreilles semblait résonner la chanson « Merveilleux monde »… Et il continuait de courir, toujours plus vite. Il avait déjà dix minutes de retard. Il était resté choqué devant le panonceau, incapable, pendant quelques minutes, de faire quoi que ce soit, refoulant comme il pouvait les larmes qui venaient. Il avait entendu la sirène d’une voiture de police. Il s’était sauvé… Juste à temps.
Il continuait de courir, toujours tout droit, fredonnant désormais, sans même s’en rendre compte, la chanson qu’il avait entendue à la radio. Il courait, droit vers le hangar où avaient lieu les réunions, dans lequel il s’engouffra sans même se rendre compte qu’il chantonnait, ou même que le hangar était anormalement silencieux. « Merveilleux monde »… Soudain, il buta sur quelque chose. Il baissa les yeux, aperçut ceux d’Anna, vides… Il recula, horrifié, se heurta à quelque chose, se retourna… C’était Jeff. Il fit un pas en direction de la porte, mais son guide lui fit « non » de la tête, puis lui montra l’autre côté du hangar. Mat se retourna, paniqué. La police les avait attendus. Ils avaient été trahis ! Mais, par qui ? Qui avait osé… Soudain, il comprit. Il su tout… Un regard en arrière lui apprit qu’il ne se trompait plus. Il su que la richesse de Jeff n’était pas un héritage, comme le pensait sa très chère Anna, à laquelle il n’avait rien su dire, et qui semblait maintenant l’accuser de son regard vide. S’il lui avait dit, peut-être auraient-ils cessé de prendre des risques inutiles ? Mat releva la tête. Il ne dit rien. Mais il maudit mentalement la dictature, le pays, la vie… et les traîtres… Et Jeff, à cause de qui il avait vu le cadavre d’Anna, son regard vide… Une détonation. Le coup de feu partit. Mat s’écroula, un trou écarlate en plein milieu du front. Il ne reverrait jamais ses parents. « Merveilleux monde »…




[Sha] Tiens, je suis toujours modératrice ici, mwa Smile ? Diantre. Jolie histoire, Miss ;p
Ynaf : Hey, Sha =P Oui, toujorus modo, semblerait-il ^^ Je me suis dit que tu repasserais peut-être de temps à autres =P
Merci ^^

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MessageSujet: Re: [RP-histoire] Histoires d'une folle   Mar 16 Jan - 20:15

Maintenant, que diriez-vous d'histoires plus proches de vous, de nouveau ? Après ce merveilleux monde, voyons voir quelle est cette drogue à laquelle vous vous accrochez désepéremment... Lisez donc, tranquillement installé devant votre écran ! Allez-y, je veux que vous lisiez...


Votre ordinateur est dangereux


Mathieu jeta un coup d'oeil rapide à l'horloge de son ordinateur... Il était déjà 23 heures passées ! surpris, il sedemanda un instant ce qu'il devaitfaire. Il était déjà si tard... Avait-il des devoirs ? Il ne s'en suvenait pas. Il les avait peut-être déjà faits. Mais peu importait, aujorud'hui... Il était sorti du collège à 17h, était arrivé chez lui vers 17h 15... Et ensuite... avait-il fait ses devoirs ? Il tenta de se souvenir. Non... peut-être pas... Il était allé directement saluer Kaori, après avoir posé ses affaires sur son lit. D'ailleurs...
"Kaori ? dis-moi... Est-ce qu'il faut que je fasse mes devoirs maintenant ? Si je les fais tout de suite, je n'aurais plus de temps pour la mise à jour quotidienne de mes sites...
-Occupe-toi donc des mises à jour, Mathieu ! lui répondi le joli visage souriant de Kaori, sur l'écran. Mégumi fera tes devoirs !"
Kaori, elle souriait toujours. D'ailleurs, c'était pour ça que Mathieu avait acheté cet ordinateur. Kaori, elle était vraiment très belle, quand elle souriait. Et Mathieu suivait toujorus ses conseils. Amoureux ? Non, bien sûr que non ! On ne tombe pas amoureux d'un ordinateur quand on est normal, et Mathieu se considérait comme quelqu'un de normal... Enfin, il tentait désespéremment de s'en persuader. Non, il n'était pas amoureux de son ordinateur. Il se contentait juste de suivre ses judicieux conseils !
"Mégumi ? tu peux faire mes devoirs ? Je n'ai plus trop le temps, ce soir...
-Tu n'as JAMAIS le temps de faire tes devoirs, de totues façons, répondit Mégumi, la jolie jeune fille-robot que les parents de Mathieu lui avait achetée il y avait déjà plus d'un an, avant de partir pour leur long voyage, dont ils n'étaient toujours pas revenus. Tu sais que tes résultats scolaires sont en baisse sérieuse ? Et moi, je dois m'occuper de tes résultats ! Si tu ne fais pas tes devoirs toi-même, tu m'empêches de travailler, tu détruis ton avenir, et, de plus, si je ne peux pas travailler, je...
-Tais-toi donc, Mégumi ! soupira Kaori juste une fois ! Tu nous casses les oreilles, avec tes plaintes inutiles...
-Arrête, Kaori ! Et écoute-moi donc, toi, plutôt ! Tu es en train d'entraîner Mathieu sur une mauvaise pente ! Alors, arrête immédiatement, et laisse-moi faire mon travail !
-Cesse donc de dire n'importe quoi, Mégumi... Mon cher Mathieu et TOUT A FAIT capable de redresser ses résultats sans ton aide, idiote ! N'est-ce pas, mon Mathieu ? D'ailleurs... je crains que Mégumi n'ait attrappé un virus quelconque. Un ordinateur-robot aussi vieux, aussi... Il faudrait peut-être la reformater, avant qu'elle n'infecte tout les autres ordinateurs, tu ne crois pas ? proposa Kaori,avec son magnifique et immense sourire."
Mathieu se sentit fondre. Mégumi était utile, quand elle obéissait... Légumi, ele était gentille, elle tentait juste de l'aider... Mais Kaori avait raison, un virus avait du la détraquer... Et voilà qu'elle se mettait à lui désobéir.
"je crois que oui, tu as raison, Kaori... Mégumi... connecte-toi à Kaori... non, attends, je vais te conencter moi-même !"
Mathieu attrappa rapidement le câble de connection qui se trouvait dans l'oreille de Mégumi et le connecta au port USB de son ordinateur.
"Kaori, lance le reformatage de Mégumi, s'il-te-plait...
-Avec plaisir, mon cher Mathieu ! Bonne nuit, Mégumi..."
Mégumi n'avait rien dit. Elle ne pouvait pas désobéir. Mais, tandis que, petit à petit, tout son système se réinitialisait, tandis que, lentement, elle perdait toutes les précieuses données qui avaient été si longuement emmagasinées dans sa mémoire, avant la longue nuit que connaissent ces ordinateurs vides qu'on oublie bien vite, elle se demanda où elle s'était trompée. Où ses programmes avaient-ils donc fait une erreur ? Quand s'était-elle trompée ? Quels paramètres avait-elle négligés ? Pourquoi n'avait-elle pas réussi à servir Maître Mathieu correctement ? Elle ne savait pas... ne savait plus... Puis ce fut la fin. Le noir. Mégumi venait de "mourir".
Mathieu se tourna vers Kaori. SA Kaori. Maintenant que Mégumi était morte, et avec elle, tout morale, Mathieu pouvait vraiment dire que c'était SA Kaori... D'ailleurs, elle lui souriait...
"Mathieu, tu sais... Je n'aime pas quand tu vas au collège... Reste donc avec-moi ! J'ai trop peur qu'il t'arrive malheur, si tu retournes en cours... Reste, s'il-te-plait ! Juste avec moi !"
Encore ce sourire... Il ne pouvait vraiment rien refuser à Kaori, quand elle lui souriait comme ça... Vraiment rien...

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MessageSujet: Re: [RP-histoire] Histoires d'une folle   Mer 21 Mar - 14:58

Hé bien, hé bien... Vous n'en avez toujours pas assez ? Que faîtes vous donc encore ici ? Alors, changeons de cadre ! Et voyons si, cette fois-ci, l'horreur vous atteindra d'avantage. Soyez patients, encore une fois, et lisez, sans vous presser. Gardez en mémoire chaque détail. Et souvenez-vous-en quand tombera la fin. C'est encore une histoire de fous, l'histoire d'une folle... L'histoire d'une personne comme vous. A quelques détails près, néanmoins...




En ces lieux...



Inspire… Expire… Inspire… Garde tes yeux clos, petite fille. Le sais-tu ? Il est bientôt l’heure…

Je me réveille. Garde mes yeux fermés. Je sais déjà. Ils sont inutiles. Pourtant, j’aimerais qu’il n’en soit pas ainsi… Mais, en ces lieux…

Tu ne bouges pas. Immobile sur ton triste lit, tu patientes. Qu’attends-tu donc ? L’espoir est pourtant vain, superflu… Tu dois le savoir. Pourquoi restes-tu donc aussi paisible, ainsi figée ? Petite fille, n’as-tu donc pas peur ?

Je réfléchis. Je suis malade, depuis ma naissance. Je le sais. Mais pourtant… Je ne voulais pas ! Je n’ai pas choisi…

Tu ne bouges toujours pas. En toi, gronde cette petite révolte. Inutile elle aussi. Tu sembles le savoir. Mais tu es humaine, petite fille… Pourquoi n’exploses-tu donc pas ? Ta colère, je peux la ressentir… Alors, pourquoi ?

Inutile. Que j’ouvre les yeux ? Non ! Ce n’est pas nécessaire. Je ne veux pas. Je le sais déjà, et voudrais l’ignorer. Et pourtant, calmement, patiemment, je continue à attendre. Après tout, ne me suis-je donc pas résignée à tout cela aussitôt que j’ai eu l’âge de comprendre que j’étais malade ?

En ces lieux, tu continues à attendre, avec le silence comme seul compagnon. Dis-moi, petite fille, le savais-tu ? Réponds-moi, petite fille… Sais-tu qu’il sera bientôt l’heure ?

Dans mon corps, je commence à sentir la peur, en même temps que ces tristes souvenirs s’imposent à mon esprit. Papa, Maman… Pourquoi suis-je malade ? Je ne voulais pas être différente, pourtant…

Petite fille, tu pleures ? Laisse donc couler un peu tes larmes, en ces lieux, personne ne te voit, personne ne le saura. Dans ce silence, cette solitude, tu peux pleurer à ta guise… Petite fille, tu as toujours été tellement courageuse !

Sur mes joues, la première de mes larmes a laissé sa place à ses sœurs. Je souris. Cette situation est tellement stupide… Et pourtant… Je savais qu’en ces lieux, je serai seule. Je n’aurais jamais dû m’endormir.

Tes sanglots, petite fille, me font mal. Tu connais les coupables, cela se voit. Que fais-tu en ces lieux, petite fille ? Toi qui devrais être dehors, libre, en train de courir, de rire, comme tous les autres enfants…

Je n’en peux plus. J’ai beau essayer… L’hôpital, la maison, l’école… Autant de lieux qui m’effraient désormais. Et mes larmes continuent de couler, décompte de la vie qui s’éloigne doucement. Je n’ai plus assez de volonté pour les arrêter, maintenant.

Arrête, petite fille, de pleurer ! Tu hoquètes, peines à reprendre ton souffle, perturbes encore d’avantage ta respiration, déjà si difficile quand tu souris… S’il-te-plaît, hâte-toi de sécher tes larmes ! La maladie te tue déjà à petit feu…

Les larmes continuent de s’échapper de mes yeux, tandis que mon souffle devient rauque. Je dois arrêter de pleurer, maintenant… Mais cette simple pensée ne fait qu’aggraver les choses. Enfin, je prends conscience que oui, c’est bien ici… Et respirer devient de plus en plus difficile. Pourquoi suis-je donc malade ?

Pauvre petite fille… Ne t’inquiète pas plus, je t’en prie ! Ton souffle effraierait un médecin. Et, je le sais, c’est la Mort qui t’attend, petite fille. Tes paupières tremblent, tu grelottes, allongée sur ton sinistre lit… Non, n’ouvre pas tes yeux ! Je t’en supplie… Ce regard, personne ne souhaiterait le voir…

Je veux savoir, être sûre. Est-ce encore une lueur d’espoir ? Non… C’est ce doute étrange qui s’installer en moi, qui ressemble à de l’espérance, tandis que, lentement, le désespoir finit de prendre possession de mon être. Je veux ouvrir mes yeux et neveux pas. Je sais déjà. Alors, pourquoi ? Pourquoi tuer ainsi ce dernier doute, ce semblant d’espoir né au milieu de ma détresse ? Tout à coup, je m’entends hoqueter. Est-ce bien moi ? J’ai du mal à respirer. En ces lieux, je vais mourir, maintenant je le sais… Mais, étrangement, cette sinistre pensée n’est pas la plus effrayante…

Petite fille, tu trembles encore. Tu sais que ce sont tes parents qui t’ont menée en ces lieux durant ton sommeil. Pourtant, tu ne leur en veux pas. En toi, et cela se voit sur ton visage, tu ne peux que les aimer. Il t’est impossible de les haïr vraiment. Petite fille, sais-tu que l’heure est proche ?

Mes larmes se sont taries, mais mes poumons refusent toujours l’air qui m’entoure. Je vais mourir en ces lieux, je le sais. Alors, enfin, j’ouvre les yeux.

Explique-moi, petite fille… Pourquoi tes yeux, avec leur air résigné, me font-ils ressentir une telle peur ? L’heure est proche, et tu as soulevé tes paupières. Vois donc le lieu où tu finis ta triste vie…

Un cercueil… Je le savais. Ils m’ont enterrée avant même que je meurs… Je tousse encore…

Petite fille ? Tu ne dis rien ? Ton souffle n’est plus rauque. A vrai dire, tu n’es même plus capable d’inspirer ni même d’expirer… J’ignore sur le Paradis te sera offert, mais tu méritais le repos. Dors, petite fille. Et ne t’inquiète pas, dans ton sommeil. Je veillerai sur ton cadavre… Et sur ta famille aussi.

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Dernière édition par le Lun 2 Avr - 11:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [RP-histoire] Histoires d'une folle   Lun 2 Avr - 11:31

Bien, on dirait que vous vous accrochez encore... Alors je vais continuer ! Et vous raconter maintenant une histoire d'ailleurs, une histoire d'une autre époque, une histoire qui devrait vous prouver que la personne la plus folle n'est pas toujours celle que l'on croie.



Hélène


Hélène jeta un coup d’œil par la fenêtre. Une voiture à chevaux s’avançait dans l’allée du manoir. La demoiselle soupira, puis reprit la plume qu’elle avait en main avant d’entendre le bruit caractéristique que le véhicule faisait en arrivant sur les pavés.

Elle était en train d’écrire. Une lettre pour son cousin, Douglas. Le manoir en été lui semblait magnifique, et très agréable. D’avantage qu’en hiver, d’ailleurs. C’était en partie dû aux fleurs, mais pas seulement. Durant la saison froide, il leur fallait en effet réchauffer les pièces avec du feu, et cela n’était pas réellement pratique.
« Voyez-vous, très cher cousin, je ne supporte pas que les domestiques courent partout dans les couloirs pour porter du bois à chauffer. Mes parents ne sont définitivement pas prévoyants, et bien sûr les domestiques ne les aident pas. »
Hum… Ces deux phrases… Ne faisaient-elles pas trop prétentieux ? Hélène allait s’excuser pour ces quelques mots malheureux, mais elle retint sa plume. Oh, peu lui importait, finalement ! Douglas comprendrait le fond de sa pensée. Il était en effet d’une intelligence rare. Mais qu’écrire, ensuite ?

Hélène se leva, en quête d’inspiration, et fit quelques pas dans la pièce. Sa longue robe traînait sur un sol parfaitement propre. La demoiselle s’approcha de son miroir, et inspecta sa tenue, qui se devait d’être impeccable. La longue robe blanche était resserrée au niveau du torse par un corset qui l’étouffait quand elle tentait d’inspirer trop d’air. Les boucles blondes de ses jolis cheveux, qui tombaient librement sur ses épaules, auraient choqué les grandes dames. Hélène sourit à cette pensée. Elle aurait dû avoir les cheveux attachés, coiffés d’une manière compliquée, liés… Mais ils étaient libres ! Preuve de son insolence. Mais quand les jolies boucles étaient contraintes de rester liées, immobiles, Hélène avait dans ses grands yeux marron comme une lueur de tristesse. Elle n’aimait pas ses yeux, elle les aurait voulus bleus. Leur couleur contrastait avec sa pâleur naturelle, et cela lui déplaisait grandement.

Hélène retourna à son petit bureau, où elle reprit sa plume, qu’elle trempa dans l’encre, avant de continuer, en belles lettres :
« Passons sur les désagréments apportés par le cruel hiver.
Aujourd’hui encore, le soleil brille. C’est bien le seul défaut de cette saison. Je ne peux en effet pas encore sortir. Si seulement il pouvait y avoir d’avantages de nuages ! Vous me direz, très cher cousin, que je peux bien sûr prendre avec moi une ombrelle, mais que voulez-vous, je n’apprécie pas cet objet encombrant. Les promenades dans le domaine attendront donc que les nuages daignent revenir. Mais je suis heureusement bien plus patiente qu’autrefois. Vous souvenez-vous donc de mes crises de colère quand vous m’obligiez à sortir ? »
Voilà qui rétablirait l’équilibre : elle n’écrivait pas pour se plaindre, mais pour donner des nouvelles. Enfin, elle préférait le croire… Peu importait, au final ! Le cousin comprendrait… Sûrement…
« J’espère que vous ne me trouverez pas trop prétentieuse de vous écrire maintenant, après un si long silence. »

Hélène allait ajouter qu’elle déplorait le fait de ne pas avoir eu d’avantages de nouvelles de Douglas quand elle entendit le son d’une voiture s’avançant dans l’allée. Elle jeta un coup d’œil distrait par la fenêtre, et pâlit en reconnaissant le véhicule. Il arrivait ! Où pouvait-elle bien se cacher ?

La demoiselle se mit à courir, ses souliers blancs claquaient sur le carrelage du manoir, elle passa en coup de vent près de l’escalier, ne percevant que les mots d’une domestique, qui parlait au visiteur.
« Hélène ? Mais oui, elle est ici ! En haut, comme d’habitude, dans la pièce où sont… »
Sans attendre la suite, l’homme s’approcha de la rampe. Hélène, affolée, était déjà rentrée dans l’un des petits salons. Elle aurait dû aller dans le parc ! Quelle idiote ! Rester dans le manoir était bien sûr la dernière chose à faire quand il arrivait.
« Hélène ? »
L’homme était arrivé en haut des escaliers, et se dirigeait maintenant vers la pièce où Hélène écrivait ses lettres… Ses lettres ? Oh non ! Elle avait oublié sa lettre à Douglas là-bas, bien en évidence sur le petit bureau ! Si jamais l’homme la trouvait… La demoiselle se redressa. Elle devait absolument…
« Hélène ! »
Une pointe de colère. Il avait dû trouver la lettre. La demoiselle allait se cacher derrière l’un des sièges, quand elle se prit els pieds dans le tapis, et trébucha. Surprise, elle laissa échapper un cri, se rattrapa de justesse à l’accoudoir d’un fauteuil que la chance avait dû placer là à sa seule intention, se redressa, remit vivement le tapis en place du pied, comme il l’était avant sa presque-chute, puis se jeta derrière l’un des sièges. Trop tard ! L’homme entra en coup de vent dans la pièce. Il n’eut aucun mal à repérer la jeune fille, qui tentait de discrètement ramener à elle, derrière l’abri du siège, les plis de sa robe que le fauteuil ne parvenait à cacher.
« Hélène ! cria encore une fois l’homme, brisant les derniers espoirs de la demoiselle. Qu’est-ce que c’est que cette lettre ?
-Hé bien, père, c’est…
-Une lettre à Douglas ?
-Ben… Oui…
-J’AI VU ! Maintenant, explique-moi ! Qu’est-ce que tu fous, à écrire encore des lettres à ton cousin mort ?
-Mais… Il est vivant, père ! J’en suis convaincue ! clama Hélène, avec l’énergie du désespoir. Père ! Croyez-moi, il est vivant !
-Mort ! Il est mort et enterré ! En te cherchant après une de tes nombreuses fuites en forêt ! On ira fleurir sa tombe, Hélène, si tu le souhaites, mais par pitié… Arrête donc de lui écrire ! Arrête d’écrire à un mort !
-Mais, père !
-Et ça aussi, tu stoppes ! Tu peux pas m’appeler « papa », comme toutes les gosses de ton âge ? Allez, viens ! »

Hélène baissa la tête et suivit son père jusqu’à sa voiture.
« Ah, Mathilde ! se souvint soudain l’homme. Peux-tu récupérer le jean et le t-shirt d’Hélène ? Ils sont dans la pièce où toi et ton mari entreposiez les costumes d’époque. Je te ramènerai cette tenue dès demain, comme d’habitude, mais aujourd’hui, je suis pressé. Il faudrait que je récupère ses fringues demain…
-Bien ! Ne t’inquiète pas pour les vêtements de la petiote et pour les costumes ! Ah, par contre… Si tu pouvais me laisser cette lettre, s’il-te-plaît…
-Bon, Hélène, tu montes dans la bagnole, au lieu de rêvasser ? Tu vois pas que tu embêtes ta tante, à venir aussi souvent ? lui souffla son père quand Hélène eut obéi.
-Au revoir, et merci encore, Mathilde ! s’exclama le père, en donnant la lettre à sa grande sœur.
-De rien, petit frère ! Ca lui fait plaisir, à la petiote, de rêver que mon Douglas est toujours là… Puis je suis sure que lui aussi en est très heureux ! »

Mathilde regarda s’éloigner l’automobile, puis rentra dans le manoir, en silence. Elle prit une clé dans sa poche, ouvrir la porte de l’ancienne chambre de Douglas, et s’approcha du squelette de son enfant.
« Ta cousine est encre venue, mon chéri… Elle t’a écrit une lettre… Tu sais, son père croit encore qu’elle est responsable de ta mort, et que tu es dans cet horrible cimetière ! C’est assez drôle, mon Douglas, non ? J’ai bien fait de te garder avec moi quand tu m’as dit que tu aimais ta cousine plus que moi, mon chéri… Tu es bien ici, non ? Tu m’aimes ? Oui, tu m’aimes… Tu dois m’aimer… Moi, je veux que tu restes toujours ici, avec moi… »

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MessageSujet: Re: [RP-histoire] Histoires d'une folle   Ven 20 Avr - 19:05

Comment ? Que faîtes-vous encore ici ? Oh, mais vous n'en avez toujours pas assez ? Voilà qui est assez inquiétant... Hé bien, je passe maintenant aux souvenris et aux pensées... Pensées à un mort, souvenirs d'un vivant, pensées des fous... Lien sûr, mais aussi fragile barrière, entre la raison et la folie. Entre votre monde et le mien... C'est encore un bon moyen de vous emmener dans mon monde, un monde repeint en noir...



Nous deux


La première fois que je t’ai vu, tu sais, je m’en souviens comme si c’était hier. Tu marchais, devant moi, et les gens se retournaient sur ton passage. Non pas que tu sois beau, j’en suis parfaitement consciente ! Oh, non ! Mais ce long manteau noir attirait irrésistiblement l’attention des curieux. Quels idiots ! Et puis, il y avait ta démarche, un peu lourde, elle paraissait difficile. Le poids impressionnant de tes chaussures devait y être pour quelque chose, évidemment. Mais, rien que pour tout cela, tu avais déjà un charme fou. Et moi, fascinée, comme hypnotisée (d’ailleurs, je devais l’être un peu, tu ne crois pas ?), je te suivais, quelques pas en arrière…
Et, soudain, tu t’es retourné. Je ne sais pas pourquoi, mais, moi… Mon cœur, je le voyais presque bondir dans ma poitrine. Mais pourquoi ai-je tout de suite pensé que tu avais senti mon regard ? Ta peau d’une pâleur de mort m’avait semblée si sensible que cela me parut, je crois, parfaitement logique et compréhensible. Et tes yeux ! Le maquillage noir les rendait si envoûtants ! Tu sais, avant de te rencontrer, je pensais qu’absolument tous les hommes qui se maquillaient étaient homosexuels… Je te jure ! Et même ce jour-là… Ce que j’étais bête… Mais ton regard, si insistant, me mettais mal à l’aise, j’avais envie de lui échapper. Pourtant, tes yeux… Oh, ces yeux ! Moi, j’étais complètement paralysée, et si honteuse, aussi, je te fixais comme si tu avais été une sorte d’animal étrange, et toi, à ce moment-là, tu m’as souri. Enfin, il me semble me souvenir que c’était un sourire… Oh, je ne sais plus ! J’ai tellement rêvé de notre rencontre, après, tu sais ?

Et puis je t’ai revu, mais bien plus tard ! Tu sais, ce n’était réellement qu’un pur hasard, cette fois aussi ! Mais, ce jour-là, j’ai enfin réussi à te parler, à t’approcher vraiment… Bon, il est certain qu’entre te demander si je pouvais m’asseoir sur le même banc que toi, et te parler vraiment, il y avait encore tout un monde ! Mais toi, tu m’as regardée, calmement, et je suis quasiment certaine que tu m’as souri, cette fois. Bon, j’ai dû de nouveau devenir toute rouge quand tu as soudainement affirmé te souvenir de moi (sinon, pour quelle raison aurais-tu ri ?), mais ce n’était vraiment pas important, je crois. Nous avons eu tout notre temps, pour discuter, tranquillement, de tout, mais surtout de rien. De toi, mais surtout de moi. Tu n’aimais pas parler de toi, tu aimer écouter ce qu’on te disait. Et moi, ça tombait bien, c’était le contraire. Je t’ai raconté ma vie, mes anciens petits amis, et le nouveau, qui tardait d’ailleurs à se déclarer (étrangement, il avait déjà, quand je l’imaginais dans ma tête, ton visage, mais ça, tu ne pouvais pas le savoir, heureusement !). Je t’ai tout dit. Tout. Et toi ? Je ne m’en souviens même plus…
Nous nous sommes retrouvés ainsi plusieurs fois, par hasard (j’avais du mal à te trouver, où donc passais-tu tes journées, à cette époque ?), puis nous avons fini par nous donner systématiquement rendez-vous. Quand j’y repense, je me dis que je devais paraître bizarre, moi qui suis si petite, un peu trop ronde je crois, à côté de toi, si grand et si mince. Heureusement que nos cheveux étaient de la même couleur, ce noir qui t’allait… qui nous allait si bien ! Je m’en souviens encore parfaitement.
Puis, un jour… C’était étrange. J’aurai pu passer pour une salope, je crois bien… Le jour où je t’ai embrassé. Oh, mais tu t’en souviens, n’est-ce pas ? Tu m’avais même repoussée, brutalement, quelle honte ! Heureusement pour moi qu’il n’y avait personne là où nous nous étions retrouvés… Mais tout de même ! Je me suis mise à pleurer, moi. Tu m’as prise dans tes bras, doucement, et tu t’es excusé… (Mais, quand j’y repense… C’était la première et dernière fois que tu t’excusais, étais-tu sincère, ce jour-là ?) Et nous en avons reparlé.

Et il y a eu tant d’autres rendez-vous ! Oh, tu t’en souviens ? Ca ne faisait qu’une douzaine de jours que nous sortions ensemble, et tu m’as offert une boucle d’oreille en forme de croix renversée ! Une seule, parce que tu gardais la deuxième, accrochée à une chaîne, je ne comprends toujours pas pourquoi. Dis-moi, tu te sentais enchaîné, toi ? Pourquoi ? Tu avais tout le temps l’air triste, même quand moi je riais. Mais, moi, tu sais, je t’aimais, pour de vrai ! Je te le jure… Alors je comprenais pas toujours…
Tu étais tellement déprimé. Alors, moi, je te parlais de moi, tu souriais quelques secondes, tu riais même, parfois. Puis juste après tu redevenais triste. Dis, pourquoi tu ne m’as jamais expliqué ce qui te rendait si sombre ? Certes, ça t’allais bien, avec tes vêtements… Mais j’aurai préféré que tu aies au moins l’air heureux en la présence de ta petite amie ! C’était pour ça que moi, je me mettais en colère. Tu aurais dû faire l’effort de me comprendre ! Ecouter, ça ne suffisait vraiment pas ! Mais ça, tu le savais ?
Au fur et à mesure que les jours passaient, tu avais de plus en plus de chaînes autour du cou. Ca te donnait un genre particulier, j’aimais bien. Quand je te l’ai dit, tu as souri, et tu m’as expliqué que c’était pour moi. Et moi… J’étais fière en me disant que tu améliorais chaque jour ton style en pensant évidemment à ce que les autres penseraient de moi quand j’étais avec toi ! C’était vrai, ça aussi… Nous deux, on était tellement beaux, ensemble.

Mais ça, c’était avant. C’est déjà le passé. Il faut maintenant oublier ce « nous deux ». Après tout, tu t’en moquais bien, que je te trompe, non ? Mais le savais-tu seulement ? Il faut croire que non, vu ta dernière lettre. Mais alors, explique-moi ! Tu aurais pu te mettre en colère ! Moi, de toute façon, je ne voulais pas qu’on casse. C’aurait été injuste ! C’est toujours moi qui choisis de rompre, et je voulais encore me promener, avec toi. Quand j’étais avec toi, les gens me regardaient tous. Parce que tu étais là, si impressionnant ? Peut-être. Sûrement. Mais, honnêtement… Qui s’en souciait ?

Une de mes amies disait que tu ne m’aimais pas. Que tu sortais avec moi uniquement pour me faire plaisir. Comment aurais-tu pu ne pas m’aimer ? Moi qui suis si belle, si drôle et si gentille… J’ai arrêté de fréquenter cette folle. C’était avec le garçon qu’elle aimait que je te trompais, pour la punir. Mais tu t’en es toujours moqué. Et elle, jalouse, répétait que tu ne pouvais pas aimer une fille aussi superficielle que moi. Mais tu sais bien que je ne suis pas comme ça, non ?
Alors explique-moi ! Pourquoi ce petit mot ? Pourquoi as-tu écrit que tu ne savais pas comment rompre ? Tu ne voulais pas ! Toi, tu ne voulais pas casser ! Alors pourquoi y avait-il écrit ça ? Pourquoi prétendais-tu avoir été incapable de me dire non ? Il faut que quelqu’un m’explique le sens de ce petit mot, qu’on a retrouvé à tes pieds le jour où tu t’es pendu… Tu ne t’es même pas excusé ! Tu étais tellement bête…
Je crois que je te déteste, en fait.

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MessageSujet: Re: [RP-histoire] Histoires d'une folle   Jeu 7 Juin - 2:21

Ce soir, je vais vous offrir du sang. Du sang versé au nom de la folie, du sang d'innocent. Le sang qu'on aime, le sang qu'on veut voir couler, le sang qu'inconsciemment on ne peut s'empêcher d'aimer. Ce que je vais vous raconter rebutera peut-être les âmes sensibles, si vous êtes de ceux-là, passez donc votre chemin !
C'est la folie d'un homme qui va faire couler le sang. C'est la folie d'une enfant... C'est la vôtre aussi, cette folie.


Cours encore un peu...


Habillée de ce vêtement blanc trop grand pour toi, tu cours, perdue dans ce labyrinthe, tentant de contrôler ton souffle qui s’emballe, afin de limiter le bruit. Pour éviter qu’on puisse te repérer au son ? Mais c’est déjà trop tard, petite fille… La Mort s’est lancée à ta poursuite. Je l’ai envoyée depuis déjà bien longtemps.
Bruit de pas sur le carrelage. Tu tournes la tête, effrayée, et ton pouls s’accélère. Je te vois. Je t’entends respirer. Dis-moi, tu n’as toujours pas remarqué ? Tu t’es jetée derrière l’un des meubles blancs du couloir. Non, pas encore, petite demoiselle… Ils s’approchent, et marchent à quelques couloirs de là… Ils ne sont pas déjà devant toi, cours encore un peu, c’est tellement drôle de te voir seule, pieds nus sur le carrelage blanc, le visage caché par ces surprenants cheveux de la même couleur que tes vêtements… Allez, fuis encore, ou ils finiront par arriver !
Tu t’es levée. La poursuite continue, et, j’en suis sûr, tu ne te retourneras plus. J’adore quand les proies terrorisées se remettent à courir pour tenter d’échapper à leur destin. Tu t’es enfuie. Tu n’as plus de futur. Plus de destin. Cours encore un peu, s’il-te-plaît !
Tu ignores qui sont tes poursuivants, cela se voit. Car sinon, tu aurais déjà abandonné… Et, quand enfin tu comprendras, je veux voir sur ton visage le désespoir. Tu es intelligente, ma petite créature, je le sais. Parce que c’est moi ton père. Alors comment réagiras-tu en comprenant que tu vas mourir ?

Quelques couloirs plus loin, sur le chemin que tu as parcouru, les robots recherchent les traces de ton passage. Je ne les aiderai pas, car c’est si amusant d’avoir la surprise. As-tu laissé tomber au sol un seul de tes cheveux d’argent, mon enfant ? Reste-t-il au sol un seul petit morceau de ton ADN ? Car je pourrai directement leur offrir en pâture les données… Mais enfin, ma puce, c’est tellement plus drôle de te laisser un semblant de chance. Allez, cours encore un peu…

Oh, tiens, tu es montée de deux étages… Comment as-tu fait ? Il n’y avait pas d’escaliers dans la zone où tu te trouvais… Mais peu importe, je le savais, que tu étais intelligente. Tu as dû entendre les robots, ou, tout du moins, deviner ce que j’avais envoyé à ta poursuite. Et là… Mais comment as-tu fait ? Il t’aura suffit de monter d’un étage, un seul, pour trouver un escalier, je le sais… As-tu défait l’une des dalles du plafond ? En montant sur l’une des armoires vides de ce couloir, c’était possible… Note pour plus tard : les faire remplacer par de petites commodes.
Tu cours toujours, sans pour autant monter d’avantage. Qu’as-tu donc en tête ? Mais, surtout, comment as-tu deviné que plus haut, tu croiserais des robots ? Es-tu tombée par hasard sur un plan des lieux ? Non, il n’y en a pas à cet étage… A moins que… Aurais-tu par hasard mémorisé celui qui a circulé parmi vous il y a déjà plusieurs mois ? Mes enfants, vous que j’ai créés, êtes-vous donc capables d’une telle prouesse de mémoire ? Ou alors serais-tu une exception, toi ma fille aux cheveux d’argent ? Fasciné, je continue à t’observer.
Cours encore un peu, ma chérie… Tes jambes maigres, pâles, sont devenues parfaitement silencieuses sur le carrelage blanc. Les robots ne peuvent plus utiliser leur « ouïe » pour te repérer. C’est bien, mon ange, tu es intelligente… Mais il leur reste leur « odorat ». Comme j’ai hâte de les voir te dépecer ! Ma chérie, ton cadavre viendra rejoindre ceux de tes frères et sœurs qui se sont enfuis avant toi… Cours encore un peu… Tu as peur, n’est-ce pas ? Mais tu sais, je t’aime, puisque toi aussi, tu es ma petite fille.

Ah ! Un autre écran vient de s’allumer. Cela signifie qu’enfin, les robots ont repéré un long cheveu blanc. Ils commencent même à l’analyser, et, fasciné par cette annonce de ta mort prochaine, je les observe, grâce à la caméra située sur les yeux de celui qui le tient. Tu as perdu un de tes jolis cheveux d’argent, ma fille… Tu vas mourir, mon ange. Je t’aime, je veux voir ta dernière course des yeux de l’appareil, je veux entendre ton hurlement, répercuté à l’infini par tous les haut-parleurs de la pièce, avoir envie de crier avec toi, de bonheur, de joie… Et cette couleur rouge, rouge sang, avant le son des organes se répandant sur le sol, puis toi aussi, poupée sans vie, enfant aux cheveux d’argent et aux yeux morts, toi qui viendrais enfin t’étendre sur ton lit de chair et de sang. Dormir de ce dernier sommeil sur ce qui aurait autrefois été enfermé dans ton propre corps… La chaleur douce de tes poumons, ton cœur ensanglanté, cette mare rouge, si belle, dans laquelle on aimerait s’étendre… Je veux tout ça, ma petite fille !

D’un geste j’éteins les autres écrans. Maintenant, j’attendrai ton agonie comme si j’étais ton meurtrier, ma puce… C’est tellement plus amusant, d’avoir l’impression de crever soi-même la fine peau pâle de sa proie, et de la vider d’un geste de ses organes. Cours encore un peu, mon cœur, car j’aime aussi entendre ce hurlement au moment où le robot annonce la mort prochaine de sa victime, et cette accélération de votre course que vous tous, mes enfants, tentez en dernier recours… Geste désespéré, inutile tentative de retarder l’échéance. Bien vite, à chaque fois, tes frères et sœurs étaient rattrapés par un robot. Je veux, oui, je veux serrer dans mes bras ton cadavre ! Ton corps vidé, je veux qu’il me soit ramené… Puis je le serrerai contre moi, mon bébé, te rendrai tes organes, et je t’installerai dans une cage de verre, et là, ton corps demeurera, entouré de ceux de tes frères et sœurs… Mon enfant, que j’ai hâte de te voir ici !
Le robot court, accélère encore un peu, puis soudain s’arrête net. Il se tourne, se retourne, désorienté… Serait-ce le lieu où tu as crevé le plafond ? Je ne vois aucun meuble dans les environs… Alors, comment as-tu… Ah, le robot repart ! Mais il me semble qu’il se dirige vers la direction opposée à celle vers laquelle tu t’es enfuie. Ou alors remonte-t-il ta piste ? Oh, peu m’importe, il finira par te retrouver…
Comme hypnotisé, je vois le robot passer devant les meubles blancs sur lesquels sont inscrits les mots « Institut National de la Recherche Génétique et du Clonage ». Il roule, accélère encore, semble avoir retrouvé ta trace… Ma puce, ton temps est désormais compté !
Il ouvre une porte… Je regarde le spectacle, ébahi. Comment, tu serais donc rentrée, finalement ? Car il arrive aux quartiers qui vous sont réservés, mes enfants. Tous tes frères et sœurs le fixent avec incrédulité, certains assis au sol, d’autres, les plus jeunes, encore attachés à leur mère robotisée par les câbles qui leur portaient la nourriture. Et tout ce peuple de cheveux d’argent observait avec frayeur le robot. Sur lequel d’entre eux abattrait-il sa colère ? Qui serait tué ? Pourquoi ? Tous savaient que la réponse à la dernière question ne leur serait jamais donnée. Chacun étaient conscient, en son for intérieur, de ne pas être la victime du robot. En effet, aucun ne savait s’être un jour enfui… Mais chacun de ces enfants s’interrogeait. Qui tuerait-on ce jour-là ? Et moi, père si fier de sa progéniture, je fixe chacun d’eux, guettant leur peur, la savourant… Où es-tu, ô ma fille chérie ? Je commence à m’impatienter, la poursuite dure déjà trop, et le robot ne semble pas te repérer parmi les têtes argentées…
Soudain, il tourne la tête en direction de la machine qui apporte leur nourriture à mes plus jeunes enfants. Ainsi, tu te serais cachée parmi les bébés ? Oh, non, il semble hésiter, je vois de nouveau les visages apeurés des plus âgés, encore une fois ceux, passifs, des plus jeunes… Ces derniers sont trop petits pour avoir pu assister à une de ces scènes d’exécution, ce sera la première fois pour eux tous… Mon Dieu, ma fille, quelle horreur ce sera pour eux ! Mais quel spectacle tu m’offres enfin, ma chérie ! Où te caches-tu encore ? Le robot s’avance, contre toute logique, vers les bébés. Ceux-ci, liés à la machine, ne peuvent même pas bouger. Les longs cheveux de ces enfants forment leurs vêtements. Ma fille serait-elle cachée parmi eux ? Non, la mère robotisée aurait repéré l’intruse… Alors, comment… ?
Tout à coup, je comprends. En flash, l’horreur de ta fuite parvient à mon cerveau, mon ange… Impossible désormais d’arrêter le robot, et je vois, à travers la caméra qui forme ses yeux, la lame sortir de son bras. Agneau innocent sacrifié dans la fuite de ma fille bien-aimée, un bébé me regarde de ses immenses yeux bleus, si purs. C’est encore une enfant, et elle est là, accrochée à l’appareil. Elle ressemble tellement à toi, à sa grande sœur… Ma puce, tu as dû maintenant quitter le bâtiment, après avoir réussi à tromper les robots en faisant tomber au sol l’un des cheveux d’argent du bébé.
Tu es vraiment cruelle, ma fille, d’avoir sacrifié la vie d’une enfant pour la tienne… Mais tu sauveras ainsi la vie de tous les autres, et je le sais… Ma dernière consolation est maintenant de voir le robot saisir à la gorge la fillette, l’arracher aux câbles de la mère artificielle… L’enfant hurle, les appareils me le répètent à l’infini. Serait-ce donc si douloureux d’être percée par les câbles avant l’heure ? Et le robot continue son macabre travail… De sa lame, il coupe les cheveux de la fillette, avant d’enfoncer son bras en plein milieu du ventre de l’enfant. Ma chérie, mon ange, toi qui meurs pour la vie de ta grande sœur… J’aime t’entendre hurler. Cela me fait rire. Sais-tu pourquoi ? Enfin, j’ai compris quelque chose d’essentiel ! Les innocents sont en réalité tellement plus amusants à tuer que les coupables, ma puce… Et le robot, d’un geste brusque, fait remonter sa lame jusqu’à ton menton. Je suis aux premières loges pour contempler ton sang, si rouge, frais, brillant de mille reflets, et tes organes, qui semblent un instant hésiter à tomber, avant d’enfin se répandre sur le sol blanc impeccable de la clinique souterraine. J’imite, par habitude, le geste du robot te jetant au sommet de tes tripes, manquant cette fois-ci de faire éclater ton fragile estomac. J’ai déjà hâte de te recoudre ! Ah, non, la police sera arrivée bien avant… Il faut donc que je m’amuse tant que j’en ai encore la possibilité…

Avec un sourire, me réjouissant à l’avance de ce qui adviendra bientôt de mes enfants, j’appuie sur un bouton. Noir. Sur celui-ci est inscrit « carnage »… Mes fils, mes filles, je vous aimais tellement… Mais, quand vous serez au ciel, attendez patiemment votre grande sœur pour lui hurler votre courroux… Quant à moi, je la remercierai de m’avoir appris que tuer des innocents peut être aussi amusant, mais pour l’instant… Je regarde d’un air attendri le robot se tourner vers l’enfant aux cheveux d’argent le plus proche de lui. Ce dernier fixe la caméra avec horreur. J’aime cette expression. J’aime entendre le couteau, le hurlement… Que le spectacle continue !

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Dernière édition par le Jeu 14 Juin - 18:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [RP-histoire] Histoires d'une folle   Jeu 14 Juin - 18:00

Repartons de cete idée d'innocence, de cette impression de pureté, et allons voir ailleurs. C'était trop loin de vous, cette folie, bien trop loin. Alors si nous nous glissions ce soir dans votre maison, votre foyer, au milieu de ce que vous connaissez tous un peu ? La famille. Ces liens qu'on ne choisit pas mais qui vous pèsent toute la vie... aussi courte soit-elle. Vous devenez fou de simplement les voir, eux si fous. Attention, la folie rôde autour de vous... Et pas forcèment cachée dans l'ombre.



Nage, nage !


« Nagent, nagent, les petits poissons, dans l’eau ! »
La comptine trottait dans la tête de Thomas. Il y pensait, y repensait… Et continuait tout de même à s’ennuyer. C’était d’ailleurs peut-être pour cette raison que la comptine que Maman chantait toujours au bébé était restée dans sa tête.
« Nagent, nagent, les petits poissons ! »
Thomas la fredonnait encore au moment où il passa devant le bocal du poisson rouge, qui nageait sans grande conviction, coincé partout par une paroi de verre, qui se dressait entre lui et la liberté.
« Nagent, nagent, les petits poissons, dans l’eau ! »
Le poisson rouge était petit. Vraiment… Alors… Thomas courut jusqu’à la salle de bain, où il ouvrit le robinet de la baignoire, au maximum. Plus vite elle serait remplie, mieux ce serait ! Maman était sortie, pour faire des courses, en lui confiant le bébé. Donc Thomas pouvait jouer aux poissons.
« Nagent, nagent, les petits poissons ! »
Ouf ! Le bocal du petit animal était vraiment lourd, pour le jeune garçon. Et… Oh, le bébé pleurait encore ! Ah, tiens ! L’enfant reposa délicatement le bocal sur la table su salon, renversant un peu d’eau au passage. Bah, peu importait ! Il se hâta d’aller chercher son jeune frère, qui semblait trouver une joie sadique au fait de s’époumoner pour lui casser les oreilles…
« Ecoute-moi bien, le Puant ! »
C’était le surnom qu’il donnait au bébé quand ses parents étaient absents, en raison de l’odeur que les couches, à peine changées par les bons soins de sa mère, prenaient rapidement.
« Tu vas jouer avec moi, d’accord ? On va jouer au poisson, avec Emilio, alors arrête de hurler ! »
Emilio, car ainsi se nommait le poisson rouge (certainement à cause d’un célèbre film), se contenta de commenter cette déclaration d’un virage serré en épingle dans son bocal, comme cela lui arrivait parfois, les rallyes dans les jeux vidéo finissant systématiquement par atteindre le cerveau fatigué des poissons dans leur bocal.
« Nagent, nagent, les petits poissons, dans l‘eau ! »
Thomas revint chercher Emilio, avec son bocal. C’était toujours aussi lourd, et le bébé braillait toujours autant, mais au moins l’enfant savait-il parfaitement où se trouvait son petit frère (quoi qu’au son, il aurait pu deviner…). La « surveillance à distance » était, selon lui, le meilleur moyen d’avoir la paix et de s’amuser tranquillement.
« Nagent, nagent, les petits poissons ! »
Plof ! Dans l’eau, Emilio ! Allez, nage, nage ! Nage, Emilio, nage ! Dans la baignoire olympique, 1mètre 20 de longueur, 60 de largeur, le poisson fou tournait vivement, comme s’il s’était en fait agi d’un stade de course.
« Non, Emilio ! Tu dois aller encore plus vite ! Tu m’entends ? Encore plus vite ! »
Et, sous les encouragements de son coach, le poisson rouge semblait en effet accélérer. Il continuait à nager, avec entrain, continuant à tourner.
« Alors, le Puant, tu en penses quoi ? C’est drôle, non ? »
Le bébé ne répondit pas (avait-il seulement compris la question ? A à peine neuf mois, il était normal qu’il ne puisse l’affirmer…). Il se tortillait, se tournait dans un sens et dans un autre, pour pouvoir, à tout instant, continuer à suivre la course folle de l’animal qui nageait dans la baignoire.
« Nagent, nagent, les petits poissons, dans l’eau ! »
Mais Emilio n’allait pas assez vite… Et puis, il n’était de toute évidence, pas le seul à ne pas jouer le jeu…
« Le Puant, je vais chercher quelque chose, quelque chose de génial, quelque chose qui va revitaminiser (ou revitaliniser, Thomas ne savait plus) les poissons ! C’est une expérience scientifique ! Il faut vérifier que la comptine dit vrai ! »
Thomas s’éloigna en courant. Où étaient-elles donc, déjà ? Où Papa les rangeait-il ? Dans le garage, très certainement !
« Nagent, nagent, les petits poissons ! »
Le garçon revint, une rallonge électrique dans chaque main. Il les avait branchées aux prises du couloir, afin d’obtenir l’Electricité, et le Pouvoir. Négligemment, il jeta dans la baignoire les deux prises.
« Les petits poissons dans l’eau, nagent aussi bien que les gros ! »
Plouf ! firent les rallonges. Le bébé lança un petit cri de surprise. Ou peut-être était-ce de douleur ? Son petit cœur s’arrêta de battre définitivement sous le choc du courant électrique qui le traversait.
« Ben, le Puant ! Tu nages ou pas ? Maintenant que t’es super vitaminalisé, tu devrais battre Emilio, non ? »
Emilio, d’ailleurs, flottait à côté du bébé, le ventre tourné vers la surface. Thomas trouva cette nouvelle figure très drôle.

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